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Lutter contre les stéréotypes filles-garçons. Quel bilan de la décennie, quelles priorités d'ici à 2030 ?

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Article

Education

France Stratégie

Marine de Montaignac;Cécile Jolly

370 p.

12/05/2025

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Après un recul marqué durant les décennies passées, une résurgence de l'adhésion à certains stéréotypes est observée chez les jeunes adultes ces dernières années. Dans le même temps, les progrès en faveur de l'égalité entre les sexes sont restés limités, alors que les inégalités nourrissent les représentations genrées. Comment accentuer la lutte contre les stéréotypes d'ici 2030 et quel rôle peuvent jouer les politiques publiques dans les différentes sphères de socialisation des jeunes ? Dans son nouveau rapport, France Stratégie éclaire avec une enquête inédite l'état des stéréotypes chez les adolescents et l'évolution des inégalités entre les filles et les garçons à l'école, dans les loisirs, etc. Les autrices, Marine de Montaignac et Cécile Jolly, formulent également vingt recommandations pour lutter contre les stéréotypes.


Dans un rapport publié début mars, France Stratégie fait le point sur l'évolution de l'adhésion aux stéréotypes de genre durant la dernière décennie, de 2014 à 2024.

 

Principal message à en retenir : l'évolution de la société française vers l'égalité femmes-hommes et la disparition des stéréotypes de genre n'a rien d'une avancée linéaire ni acquise. Après plusieurs décennies d'amélioration, les 10 dernières années voient, sur certains points, un retour au renforcement de certaines inégalités et la résurgence de certains stéréotypes.

 

Principaux constats :

  • Les stéréotypes de genre restent bien ancrés chez les adultes et s'installent dès le plus jeune âge.
  • Si l'adhésion aux stéréotypes des adultes tendait à la baisse sur le temps long, on observe sur les années récentes un ralentissement de cette baisse, voire à la recrudescence de certains stéréotypes de genre, notamment chez les jeunes.

 

La construction des stéréotypes dès l'enfance

Pour combler le manque des études statistiques réalisées en France depuis 2000, France Stratégie a commandé une étude sur les stéréotypes de genre auprès de jeunes de 11 à 17 ans.

  • Petite enfance. Les stéréotypes se perpétuent dès le plus jeune âge par l'observation par les enfants du monde qui les entoure :
    • le rôle des mères et la prédominance des femmes (98%) dans la petite enfance "confronte [les enfants] à l'asymétrie des rôles des pères et des mères dans l'exercice des fonctions éducatives et de soins, ainsi qu'à l'omniprésence des femmes (et la rareté des hommes) parmi les professionnels les prenant en charge", expliquait France Stratégie en 2014, dans un constat qui "a peu évolué depuis dix ans".
    • La participation des hommes aux tâches parentales et, plus encore, sur les tâches domestiques reste inférieure à celle des femmes quelle que soit la composition du ménage.

 

  • L'école, loin de déconstruire les stéréotypes, poursuit de les ancrer chez les jeunes
    • Point largement abordé par le rapport 2024 du Haut Conseil à l'Égalité sur le sexisme en France cf. Diaporama février 2024
    • Représentations genrées dans les manuels scolaires (invisibilisation des femmes, assignation aux rôles de mères)
    • Enseignants : majoritairement des enseignantes (83% en primaire), peu de pratiques pédagogiques "non genrées", reproduction de stéréotypes inconscients, ...
    • Fort retard dans la dispense des séances d'éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle, inscrite dans les programmes depuis 2001 mais ne dispose d'un programme national que depuis 2025.
    • Socialisation et violences entre élèves restent très genrés (garçons restent les auteurs de plus des 3/4 des incidents graves, garçons plus concernés par les violences physiques, filles par les violences psychologiques, ...).
    • Cristallisation des stéréotypes via l'orientation scolaire, les matières où les garçons ou filles performent :
      • Ex : les enquêtes PISA montrent que l'écart en mathématiques à 15 ans est passé de +6 points pour les garçons en 2015 à +10 points en 2022 ; pour les langues, on observe l'effet inverse pour les 3e : +6 points pour les filles en 2015, +12 points en 2021.
      • Femmes représentent 85% des étudiants de filières santé/social ; les jeunes hommes représentent 80% des étudiants diplômés en ingénierie et numérique.
    • Le rapport rappelle également que la réforme du baccalauréat a aggravé ces distinctions genrées : "Les filles ne sont, en terminale, plus que 42 % à suivre six heures de mathématiques en 2023 contre 48 % en 2019, ce qui entrave leur entrée dans nombre de formations scientifiques du supérieur."
      • Les écarts genrés dans l'accès aux formations d'ingénieur, en mathématiques ou autres professions scientifiques ont notamment été étudiées dans un rapport de l'IGF et l'IGÉSR sorti la semaine précédente cf. espace veille

 

  • Dans le monde du travail, les inégalités perdurent
    • L'impact de la maternité reste déterminant sur les trajectoires professionnelles des femmes, y compris pour les jeunes générations
    • "Si les femmes restent majoritaires parmi les moins qualifiés (trois employés et ouvriers peu qualifiés sur cinq sont des femmes) et parmi les travailleurs à temps partiel, l’écart avec les hommes s’est néanmoins réduit depuis dix ans."
    • À l'inverse, concernant les chances des femmes d'être cadres : elles ont non seulement moins de chances que les garçons, mais "On constate même, parmi les jeunes générations, un recul de la probabilité d’être cadre pour les femmes, à niveau de diplôme et spécialité de formation comparables."

 

L'atténuation du recul des stéréotypes

France Stratégie souligne que l'adhésion aux stéréotype a "diminué de manière générale et parfois spectaculaire depuis les années 1990 et 2000 et ce, jusqu'au milieu des années 2010."

  • Un phénomène en partie expliqué par l'augmentation du niveau de diplôme et "la chute de la pratique religieuse des babyboomers"
  • L'évolution des stéréotypes, depuis le milieu des années 2010, est plus contrastée :
    • La répartition genrée des tâches domestique continue globalement de reculer...
    • ... mais ce n'est pas le cas des stéréotypes concernant des prédispositions prétendument naturelles concernant le soin ou la parentalité.
      • En 2022, 59% des Français estiment que les "mères savent mieux répondre aux besoins et attentes des enfants que les pères" contre 54% en 2014.
      • 41% pensent que "les femmes font de meilleures infirmières que les hommes" contre 35% en 2014.

 

La recrudescence des stéréotypes de genre chez les jeunes hommes

Alors que les jeunes ont d'habitude une adhésion moindre aux stéréotypes de genre que leurs aînés, on observe une recrudescence de stéréotypes sexistes dans les dernières années, chez les 18-24 ans :

  • En 2022, 23% estiment qu'"un enfant qui n'a pas encore l'âge d'aller à l'école a des chances de souffrir si sa mère travaille", contre 18% en 2012 (+5 %). Leur avis rejoint ainsi celui des plus de 70 ans.
  • En 2022, seuls 53% sont "tout à fait d'accord" avec le fait que "les filles ont autant l'esprit scientifique que les garçons" ; ils étaient 62% en 2014 (-9 %).

 

Les préconisations de France Stratégie :

  • 1. Faire de la lutte contre les stéréotypes filles-garçons une priorité politique
  • 2. Réduire la pénalité à la maternité et renforcer la coparentalité
    • Proposition 5 : "Garantir un accueil formel pour tous les enfants à partir de l’âge de un an dans le cadre du service public de la petite enfance." Le rapport préconise d'accompagner la création des 100 000 places en crèches par la libération de 100 000 autres places induites par un élargissement de la scolarisation pré-élémentaire.
  • 3. Agir à l'école pour lutter contre les stéréotypes et renforcer la culture de l'égalité
  • 4. "Dégenrer" l'orientation scolaire, les formations et les métiers
    • Proposition 13 : "Moduler les subventions à l’apprentissage pour les établissements en fonction de la progression de leur taux de mixité."
  • 5. Agir contre les représentations stéréotypées sur les réseaux sociaux et les plateformes numériques
    • Proposition 20 : "Développer l’éducation à l’esprit critique et aux faits à l’école et s’assurer que les élèves bénéficient d’enseignements sur le rôle des plateformes et des réseaux sociaux dans la diffusion de représentations stéréotypées."

 

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