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Périscolaire : face à de nombreux cas de violences faites aux enfants, la mairie de Paris réagit
périscolaireanimateursVSS (Violences sexuelles et sexistes)enfantsmaltraitance
Les récentes révélations sur des faits présumés de violences sexuelles dans des écoles parisiennes ont entraîné le déclenchement d'un plan "inédit" de la part de la mairie de Paris. De son côté, le gouvernement envisage de réformer le recrutement des animateurs périscolaires, notamment vacataires.
Via un arrêté publié le 16 avril, le ministre de l'Éducation Nationale formalise la mission, débutée le 1er avril, de Cristelle Gillard en tant que déléguée à la protection des enfants à l'école.
Celle qui était jusqu'alors référente des sujets liées aux violences sexistes et sexuelles à l'inspection générale de l'éducation, du sport et la recherche (IGÉSR) est nommée pour 3 ans comme adjointe auprès de la médiatrice de l'Éducation Nationale, mais aura également ses entrées dans les administrations centrales de l'école (Dgsco) et de la jeunesse et des sports (Djepva).
Cette nomination fait suite aux annonces du ministre Édouard Geffray qui souhaitait se doter d'un Défenseur des enfants dédié à son administration. Cristelle Gillard, d'après le communiqué du ministère, "interviendra en recours, lorsque les auteurs de la saisine estiment qu’un signalement de violence ou de maltraitance n’a pas été pris en charge de manière satisfaisante par les autorités locales compétentes."
Par ailleurs, la nomination de la déléguée à la protection des enfants à l'école est l'occasion pour le ministre d'annoncer que le futur projet de loi sur la protection des enfants cf. espace veille permettra de créer une "liste noire" empêchant toute personne écartée de l'Éducation Nationale en raison de son comportement vis-à-vis de mineurs - bien que non-sanctionné pénalement - d'y être réembauché.
Lors de sa première séance de travail de la nouvelle mandature, le Conseil de Paris a adopté le plan de lutte contre les violences envers les enfants dans le périscolaire, présenté dans la presse quelques jours plus tôt. Le plan d'ensemble se décline en 6 axes.
Transparence totale et information des familles : restaurer la confiance par une information claire, systématique et vérifiable.
Mesures concrètes :
Culture du signalement : garantir que chaque alerte déclenche une réponse rapide, connue et irréprochable.
Mesures concrètes :
Sécurisation renforcée : recrutement, encadrement et contrôle : prévenir les risques en amont et garantir un environnement sécurisé.
Mesures concrètes :
Prise en charge des victimes et accompagnement psychologique : ne laisser aucun enfant ni famille seuls face aux violences.
Mesures concrètes :
Une convention citoyenne pour refonder le modèle parisien : associer les familles, les enfants et les professionnels pour définir un nouveau cadre.
En concret : une convention lancée mi-avril qui associerait parents, enfants, professionnels, associations, ...
Professionnalisation et formation massive des agents : élever le niveau de compétence et de vigilance.
Mesures concrètes :
Le dernier point relatif à la création d'une "école parisienne du périscolaire" pose question à plusieurs égards :
Dans un entretien au Parisien du 13 avril, le coprésident du groupe LR au Conseil de Paris Grégory Canal - par ailleurs chef de cabinet du ministre de la Justice Gérald Darmanin - développe ses propositions pour lutter contre les violences dans le périscolaire.
Alors que le conseil municipal reprend ses travaux ce mardi 14 avril, l'argumentaire du groupe Les Républicains repose essentiellement sur deux points :
Installer des caméras dans les écoles
Supprimer les temps d'activités périscolaires
Une dizaine de jours après son élection, le nouveau maire de Paris Emmanuel Grégoire (PS) annonce à l'AFP son plan pour lutter contre les violences sexuelles dans les accueils périscolaires de la ville. Il précise également que la ville a suspendu 78 animateurs depuis début 2026, dont 31 pour suspicion de violences sexuelles.
Sur l'ambition, le nouveau maire souhaite "tout revoir depuis le début avec un objectif, la tolérance zéro" et une "transparence totale". Il déplore notamment que, jusqu'ici, les situations aient été traitées comme "des cas isolés là où ils traduisent un risque systémique et peut-être même une omerta systémique."
Parmi ses annonces, ce dernier appelle à :
Le 29 janvier, France 2 diffusait un épisode de Cash Investigation intitulé : "Périscolaire, établissements privés : enquête derrière le portail de nos écoles". Dans ce dernier, une journaliste embauchée en tant qu'animatrice dans un accueil périscolaire géré par la mairie de Paris révèle de multiples comportements de maltraitances d'animateurs envers les jeunes, et souligne les dysfonctionnements des procédures de signalement.
Dès le lendemain matin, la mairie de Paris fait paraître un long communiqué affirmant son soutien aux parents et son volontarisme dans la lutte contre les violences faites aux enfants.
Dans le même timing, le ministre de l'Éducation Nationale Édouard Geffray annonce avoir également effectué plusieurs signalements à la justice.
Les principaux candidats à la mairie de Paris se sont également exprimés sur le sujet :
Samedi 31 janvier, la Défenseure des enfants de la ville de Paris récemment nommée, Dominique Versini, annonce avoir reçu plus de 150 saisines de parents depuis sa nomination, concernant principalement les accueils périscolaires. Elle appelle notamment à changer la loi afin d'empêcher un animateur mis en cause d'exercer des fonctions auprès de mineurs au sein d'une autre école.
Dans une tribune parue dans le Nouvel Obs le 18 décembre, des adjointes et adjoints à l'éducation de 45 communes adhérentes au Réseau français des villes éducatives (Rfve) affichent leur soutien au secteur : "Ne jetons pas l'opprobre sur l'ensemble de la filière".
Les membres du réseau témoignent partager l'émotion des familles victimes et de leur engagement résolu à lutter contre les violences. Pour cela, ils et elles rappellent l'importance de politiques dans de nombreux domaines (santé, loisirs, égalité des chances, citoyenneté, ...), ainsi que des leviers s'appliquant à l'animation : "Cela passe par des contrôles élargis, des formations approfondies, une généralisation de la culture de la détection des signaux faibles, une meilleure prise en compte de la parole des enfants et un travail de communication auprès des familles qui doit mobiliser l’ensemble des pouvoirs publics."
Enfin, les adjointes et adjoints insistent sur l'importance des temps périscolaires dans la politique éducative globale et rappellent les bénéfices de l'éducation non-formelle pour l'accès au sport ou à la culture.
"Parce qu’elle participe tant à l’éveil qu’à l’émancipation de chaque enfant, nous appelons à porter un autre regard sur l’animation et sur celles et ceux qui l’incarnent."
Le 15 décembre, la députée Renaissance Joséphine Missoffe - suppléante du ministre chargé des affaires européennes Benjamin Haddad - dépose une proposition de résolution visant à créer une Commission d'enquête "relative aux violences commises sur les mineurs dans les temps périscolaires et extrascolaires".
L'exposé des motifs s'appuie sur les violences récemment médiatisées dans le périscolaire parisien, mais inscrit également le sujet dans la continuité des travaux de la Ciivise et l'enquête des Céméa et du Crajep Centre Val-de-Loire de 2024.
Aussi, ladite Commission serait chargée :
Le texte, signé par seulement 14 députés, bénéficie néanmoins d'un soutien transpartisan par les groupes communiste, socialiste, LIOT, démocrate, Renaissance et Les Républicains. Du côté du bloc présidentiel, on compte notamment le député de Paris Sylvain Maillard, proche de Benjamin Haddad et Rachida Dati, ou la députée MoDem Sandrine Josso, très engagée sur le sujet des VSS cf. espace veille
Deux jours plus tard, la députée Sophia Chikirou, candidate LFI pour la mairie de Paris, dépose pour son groupe une proposition de résolution visant également à créer une Commission d'enquête sur le sujet.
Cette dernière prévoit un autre angle que celui proposé par la députée Missoffe, en assumant plus spécifiquement de partir du cadre de Paris pour évaluer les plans d'actions mis en place ces 10 dernières années et cibler les spécificités liées à un rythme scolaire maintenu à 4,5 jours/semaine. Aussi, un intérêt est marqué pour l'étude de causes structurelles des violences survenant en contexte périscolaire, avec une analyse des conditions d'emploi et de travail des personnels du périscolaire à Paris.
Réagissant à l'actualité, la Ciivise publie un communiqué le 10 décembre rappelant une "exigence de premier ordre", celle la préconisation 78 de son rapport de 2023 : "former les professionnels au respect de l'intimité corporelle de l'enfant".
Aussi, la Commission indépendante formule ses points d'attention concernant la formation des animateurs périscolaires :
Jeudi 4 décembre, la maire de Paris Anne Hidalgo nomme Dominique Versini - jusqu'alors élue au Conseil de Paris et Défenseure des enfants entre 2006 et 2011 - Défenseure des enfants pour la ville.
Concrètement :
Dans ce contexte, la députée socialiste Fanny Dombre Coste dépose une question écrite au gouvernement le 25 novembre.
Si de nombreuses suspensions d'animateurs ont été prononcées dans la capitale ces derniers mois, l'élue s'interroge sur l'après : "à l'issue de la période d'interdiction, la réglementation actuelle permet aux personnes concernées de reprendre leurs activités d'encadrement sans qu'aucune évaluation, ni aucun accompagnement, ni démarche de suivi par un professionnel de santé ne soit exigé. Cette situation interroge, tant en matière de sécurité des publics accueillis que de cohérence de la politique publique de prévention des violences dans le sport et l'animation."
Aussi, elle interpelle la ministre Marina Ferrari, lui demandant s'il exécutif "envisage de modifier la législation" afin d'imposer une évaluation avant la reprise d'une activité auprès de mineurs.
Justement, la veille au soir, la ministre en charge de l'égalité femmes-hommes, Aurore Bergé, annonçait le dépôt prochain d'un projet de loi sur les violences faites aux femmes, concernant notamment les professionnels encadrant des enfants cf. espace veille
Le 22 novembre, une interview de la cheffe du parquet des mineurs de Paris dans Libération confirme un phénomène d'ampleur, avec des signalements en "recrudescence importante" et concernant "quasi exclusivement des animateurs périscolaires".
Le procureur de la République d'Évry annonce de son côté, le 27 novembre, qu'un animateur a été mis en examen pour des accusations d'agressions sexuelles sur 10 enfants entre 2021 et 2024.
Une semaine plus tard, le 14 novembre, la mairie de Paris annonce un "plan d'action pour accompagner la libération de la parole des enfants". Parmi les mesures :
La Mairie prévoit par ailleurs de "conserver la mémoire" des signalements reçus afin qu'un animateur mis en cause ne puisse être recruté, même en cas d'issue favorable de la procédure en justice.
Le 7 novembre, Le Parisien révèle que 3 enseignants ont été suspendus durant les dernières semaines dans des écoles parisiennes pour des faits de violences sexistes et sexuelles (VSS) sur des élèves de maternelle. 13 ont fait l'objet de signalements entre avril et novembre. Des informations confirmées le jour même par le rectorat de Paris.