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Allocation sociale unique : Sébastien Lecornu annonce un projet de loi pour décembre
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Lors des Assises des Départements de France, le Premier Ministre Sébastien Lecornu annonce un projet de loi créant une "Allocation sociale unique" pour les prochains mois. La présente note retrace les suites de cette annonce.
Avant que le Conseil d'État ne rende son avis sur le projet de loi, l'exécutif a pris acte de la levée de bouclier des oppositions parlementaires de gauche, associations et conseils publics divers face à l'instauration d'une allocation sociale unique.
Aussi, les premières observations du Conseil d'État ont amené le gouvernement à annoncer qu'il va "retravailler" au projet de texte.
Selon La Tribune Dimanche, qui dévoile l'information le 23 mai, ce report est également lié à la crainte d'une motion de censure qui pourrait, en étant votée par les socialistes qui s'opposent au texte, faire tomber le gouvernement.
Du fait de l'agenda parlementaire chargé de l'automne, avec notamment un processus budgétaire qui s'annonce particulièrement ardu, nombre d'observateurs politiques notent qu'il est peu probable que le projet de loi soit examiné d'ici à l'élection présidentielle.
Dans un avis acté le 12 mai puis publié le 27 mai sur le site du ministère des solidarités, le CNLE (Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale) témoigne de ses fortes appréhensions vis-à-vis du projet de l'exécutif. Cet avis défavorable s'inscrit ainsi dans celui des élus locaux du CNEN mais également, nous rappelle Le Monde, de ceux du Conseil national de l'habitat du 30 avril et du conseil d'administration de la Cnaf prononcé le 9 avril.
Les membres du Conseil se sont vus présenter le projet début décembre dernier, puis ont poursuivi leurs échanges avec le ministre en février avant d'aboutir à cet avis d'une quarantaine de page.
Au global, s'ils partagent l'objectif de lutter contre le non-recours, les experts des politiques de lutte contre la pauvreté s'inquiètent notamment :
Plus globalement, le CNLE déplore le fond même donné à la direction du texte. Ce dernier est construit pour "répondre aux allégations de certains groupes politiques que « les aides sociales sont plus rémunératrices que le revenu du travail »", estime l'avis, alors même que "le gain à l’emploi est déjà effectif dans la grande majorité des cas, au moins pour un emploi stable à temps plein, alors que la sortie de la pauvreté par l’emploi est loin d‘être systématique".
Aussi, le CNLE voit dans le projet ASU une responsabilisation des personnes pauvres tandis que, dans un parallèle qu'il trace avec le projet de loi sur les fraudes sociales cf. espace veille, "les employeurs sont quant à eux exonérés de leur responsabilité d’offrir des emplois de qualité, qui permettent aux salariés de vivre de leur travail et d’avoir des conditions de travail qui ne nuise pas à leur santé."
Pour toutes ces raisons, le CNLE appelle l'exécutif à "renoncer à présenter ce texte sous cette forme et dans ce calendrier et plaide pour l’ouverture d’une large concertation en vue d’une réforme ambitieuse de simplification des prestations sociales, dans un objectif de lutte contre la pauvreté hors emploi et en emploi et de réduction des inégalités."
Un mois après son premier passage devant le CNEN, le projet de loi créant l'ASU y était de retour. Réunis le 7 mai, les élus locaux n'ont pourtant reçu les nouvelles versions du texte que le 5 mai, et de l'étude d'impact que le 6 mai, veille de la séance.
Parmi les évolutions du texte vis-à-vis du mois passé, seul l'article 4 créant le "compte social unique" est complété par des dispositions destinées aux collectivités : la nouvelle rédaction permet aux collectivités territoriales d'obtenir des informations relatives aux prestations et aides sociales perçues par les ménages de leur territoire.
Aussi, le collège des élus locaux exprime un avis unanimement défavorable au texte présenté. Parmi les motifs :
Par une étude publiée le 6 mai cf. note dédiée, la Drees chiffre le non-recours au RSA sur le dernier trimestre 2021.
Le non-recours s'établit entre 33 % et 37 % des foyers éligibles, et représente une économie d'environ 626 M€ sur un trimestre pour les finances publiques.
Ce seraient donc plus de 2,5 Mds€ qui seraient à trouver sur une année pleine, somme nettement inférieure aux 1,8 Mds€ annoncés dans l'étude d'impact de l'exécutif pour pallier au non-recours au RSA, aux APL et à la prime d'activité.
Comme tout texte impactant les collectivités locales, le projet de loi "créant l’allocation de solidarité unifiée et garantissant un gain au travail" a été présenté ce 2 avril au Conseil national d'évaluation des normes (CNEN), rassemblant les élus locaux.
La présentation donne ainsi quelques nouveaux détails sur le contenu du texte, sans en avoir la rédaction définitive. Notamment :
Du fait de l'ampleur de la réforme, le président du CNEN, Gilles Carrez (LR), a demandé un report de l'avis afin que les élus prennent le temps d'une analyse poussée.
Parmi les échanges en séance, on relève néanmoins plusieurs réserves émises par les élus locaux, bien que les objectifs du projet de loi soient globalement partagés :
Dans un article publié le 24 mars, Médiapart dévoile certains éléments du projet de loi à venir relatif à l'allocation sociale unifiée.
Parmi les éléments contenus dans le projet de loi :
Parmi les personnalités interrogées par Médiapart, plusieurs craintes demeurent :
Par ailleurs, Médiapart a pu s'entretenir avec Olivier Noblecourt, délégué interministériel à la prévention et la lutte contre la pauvreté (2017-2020) et en charge de la création du revenu universel d'activité (RUA, ancien nom du projet ASU) en 2018.
En publiant l'agenda des textes qu'il souhaite inscrire à l'ordre du jour du Parlement jusqu'à la fin juillet cf. espace veille, le Gouvernement informe sur les suites du projet de loi.
Conformément à l'annonce faite d'examiner le texte suite à celui relatif aux fraudes sociales, le Gouvernement envisage un examen du projet de loi ASU à l'Assemblée Nationale au mois de mai, suivi d'un passage au Sénat en juillet. Le texte n'étant pas encore déposé au Parlement, l'exécutif se laisse quelques semaines avant que les députés ne puissent s'en saisir et préparer un premier examen en Commission.
En juillet, l'exécutif espère même pouvoir faire adopter le texte au Sénat, organiser la discussion en Commission mixte paritaire puis mener la lecture définitive dans les deux chambres avant la fin de la session extraordinaire (qui courrait probablement jusqu'au 31 juillet).
Dans une interview au Figaro publiée le 6 janvier, le ministre du Travail et des Solidarités Jean-Pierre Farandou confirme les informations du Monde en détaillant le projet de loi.
Le ministre confirme que le projet de loi vise à créer un compte social unique (social.gouv.fr) pour chaque foyer, et permettrait la prise en compte automatique des revenus en vue de verser l'ASU. "L’« allocation de solidarité unifiée », c’est l’addition de trois aides bien connues : le revenu de solidarité active (RSA) , la prime d’activité et les aides personnalisées au logement (APL)", clarifie-t-il.
L'ancien PDG de la SNCF présente en premier lieu la loi comme une réforme technique qui "ne doit pas être l’occasion d’un débat fondamental sur les aides sociales", mais laisse toutefois cohabiter deux ambitions politiques au coeur de la réforme :
Si le ministre refuse explicitement le plafonnement de l'ASU à 70% du SMIC net tel que proposé par LR, il justifie essentiellement son opposition sur le fait que c'est "par foyer qu'il faut raisonner". Il précise notamment que le projet de loi s'intéressera à un "barème" qui "sera plus incitatif à la hausse d’activité qu’aujourd’hui, assure-t-il. La mobilisation générale sur le travail, c’est ma priorité."
D'un point de vue budgétaire, Jean-Pierre Farandou rappelle que le projet, bien que visant une lutte contre un non-recours qui est massif sur le RSA, prévoit des enveloppes budgétaires constantes. Il estime que la réforme coûtera entre 500 € et 1,5 Mds€ du fait de la hausse de l'accès aux droits, et estime que la lutte contre les trop-payés ou les gains en frais de gestions pourraient compenser cette hausse de dépenses.
Concernant le calendrier parlementaire, il espère viser une adoption définitive du texte au Parlement dès le printemps et "sans 49-3". Le texte serait probablement débattu en parallèle de celui contre la fraude sociale cf. espace veille, qu'il veut également voir adopter "tôt au printemps".
Au détour de ses annonces, très scrutées, sur le Projet de loi de finances pour 2026 le vendredi 16 janvier, le Premier Ministre a donné des nouvelles du projet de création d'une allocation sociale unifiée.
On observe à cette occasion une évolution sémantique ("unifiée" contre "unique"), qui pourrait en partie être compris comme une prise de distance avec le projet des LR qui l'envisagent plus explicitement comme une façon de réduire le versement de prestations sociales.
Un projet de loi visant cette réforme sera présenté "dans les prochaines semaine" et cette nouvelle ASU vise à "[protéger] mieux nos concitoyens les plus fragiles, tout en garantissant que le travail soit toujours plus rémunérateur, précisément que l'absence de travail."
Dans un papier du 24 janvier du journaliste Thibaud Métais, en charge des politiques de l'emploi pour Le Monde, on apprend que le projet de loi doit être discuté en Conseil des ministres avant les municipales, pour une mise à l'agenda du Parlement avant l'été.
En l'état des réflexions, le projet de texte viserait notamment :
L'exécutif aurait en revanche exclu du projet la demande des LR de plafonner la nouvelle allocation sociale unifiée à 70 % du SMIC.
De leur côté, les syndicats prennent acte de la question posée sur l'écart de rémunérations entre solidarité national et salaires, mais alertent sur ce point sur le besoin de mieux rémunérer le travail.
Dans un communiqué du 19 novembre, le collectif Alerte - qui regroupe 37 associations nationales engagées dans la lutte contre la précarité - s'inquiète des annonces du Premier Ministre.
Alors que le contexte est à la réduction des dépenses publiques, et que les associations demandent des consultations sur le sujet depuis plusieurs mois, le collectif craint que cette annonce - très structurante - ne conduise à "durcir les conditions de vie des personnes les plus fragiles."
Cette crainte ne vient pas de nulle part : la création d'une allocation unifiée telle que souhaitée par l'exécutif est une revendication de longue date du président des députés LR Laurent Wauquiez, qui se doterait ainsi d'un instrument qu'il serait en mesure de plafonner à 70 % du SMIC, afin de "lutter contre l'assistanat".
Aussi, les associations demandent une clarification sur les contours du projet du gouvernement, des aides concernées, et des garanties sur le soutien budgétaire qui sera accordé au projet afin de préserver les spécificités des différentes aides et le niveau de vie des bénéficiaires.
Lors des Assises des départements de France, le Premier Ministre Sébastien Lecornu annonce le dépôt prochain d'un projet de loi créant une "Allocation sociale unique" (ASU).
Les objectifs :
Le Premier Ministre annonce l'examen d'un projet de loi en Conseil des ministres pour le mois de décembre.
Ce chantier ne sort pas de nulle part, et est évoqué par le bloc présidentiel depuis le début de son premier quinquennat.
Le 13 septembre 2018, le Président de la République annonçait, lors du lancement de sa première Stratégie Pauvreté, le projet d'un revenu universel d'activité (RUA).
Début 2021, l'exécutif concède avoir mis le projet en pause du fait de la crise sanitaire, mais ne pas l'avoir abandonné.
Le 13 octobre 2021, un bilan national de la Stratégie pauvreté est présenté.
Auditionné le 5 janvier 2022 par la Commission des affaires sociales du Sénat, Fabrice Lenglart, directeur de la Drees et chargé du fameux rapport sur le RUA, partage certains enseignements de ses trois ans de travaux (vidéo de l'audition).
Suite à l'élection présidentielle de 2022, le sujet passe sous les radars du débat public. Les débats autour des minimas sociaux et du RSA se concentrent autour de la réforme de France Travail.
En novembre 2024, réunissant les associations, le ministre des Solidarités Paul Christophe, sous le gouvernement Barnier, annonce réouvrir le chantier cf. espace veille
En juillet 2025, les députées Sandrine Runel (PS) et Nathalie Colin-Oesterlé (Horizons) publient le résultat d'une mission-flash sur l'opportunité et les modalités de création d'une allocation sociale unique. S'appuyant sur une trentaine d'auditions - dont celle de Fabrice Lenglart cité ci-dessus - les députées estiment qu'en relevant les barèmes de calcul des allocations pour un coût de 2 milliards d’euros, les prestations sociales augmenteraient pour 4,6 millions de personnes et diminueraient pour 3,5 millions d’entre elles. Le taux de pauvreté reculerait de 0,6 point. Elles plaident pour une compensation temporaire des ménages modestes qui seraient perdantes suite à la réforme.