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RSA : le décret Sanctions entre en vigueur
RSAdemandeurs d'emploiinsertion professionnelle
Un décret du 30 mai 2025 met en place un nouveau barème de sanctions applicable aux demandeurs d'emploi, et en particulier aux bénéficiaires du RSA qui ne répondent pas aux obligations inscrites dans leur contrat d'engagement ou refusent de s'engager dans une démarche d'insertion.
Dans un article publié le 7 mars, le journal Le Monde dévoile les apprentissages d'un document de France Travail témoignant des pratiques des départements permises par le "décret sanctions" de mai 2025.
Pour rappel, ce dernier permet de suspendre l'allocation du RSA dès le premier manquement aux obligations du bénéficiaire : manquement à l'obligation d'élaborer/actualiser son contrat d'engagement, manquement aux obligations qui y sont inscrites, notamment sur le respect des 15h d'activité hebdomadaires.
Le département doit ensuite se doter d'un barème de sanctions dans le cadre permis par le décret :
Deux limites visent à encadrer l'arbitraire des départements :
D'après le document de France Travail obtenu par Le Monde, sur 51 départements qui ont transmis un barème de sanctions à l'opérateur central :
Aussi, l'ambition initiale d'individualisation des sanctions apparaît loin des réalités observées où les politiques départementales s'avèrent particulièrement répressives. Aussi, France Travail estime nécessaire, dans son document, de préciser qu'aucun objectif individuel de sanctions ne doit être fixé aux conseillers.
Pour autant, la décision de France Travail - outre le rappel du cadre réglementaire pour les 3 départements ne le respectant pas - est d'ouvrir à une année d'expérimentation durant laquelle l'opérateur central souhaite "prend[re] en compte dans sa proposition [de sanctions, ...] les choix arrêtés par les conseils départementaux." Une posture qui inquiète les associations et syndicats, qui y voient une façon de se défausser en laissant libre cours aux pratiques des conseils départementaux, notamment en l'attente de la décision du Conseil d'État (cf. plus bas).
Le 22 octobre, 16 associations nationales et syndicats - dont la CGT, Cfdt, Unsa, Solidaires et l'APF, ATD Quart-Monde, Emmaüs, le Secours Catholique - annoncent attaquer l'État en justice pour appeler à l'abrogation du décret "sanctions" visant les demandeurs d'emploi et bénéficiaires du RSA.
Dans un argumentaire juridique construit en 12 points, les acteurs de la société civile pointent notamment le caractère disproportionné des sanctions, les atteintes aux droits (à une vie digne, aux droits de la défense, à la vie privée familiale), les discriminations induites et les risques que fait peser la mesure sur une hausse du non-recours aux prestations sociales.
Le Conseil d'État devra se prononcer sur cette saisine, tandis que les associations continuent de relayer leur appel à témoignages de personnes concernées par lesdites sanctions.
Le 10 juin, le collectif Alerte et ses 37 associations nationales adhérentes publie un nouveau communiqué critiquant une réforme "brutale, inhumaine et inefficace".
Les associations insistent principalement sur l'unanimité du monde associatif et syndical contre ce durcissement des sanctions envers les allocataires du RSA, et sur l'inadéquation entre une conjoncture économique marquée par la hausse du taux de chômage et une politique attaquant la protection sociale des personnes sans emploi.
Enfin, le collectif Alerte rappelle que l'effet "remobilisateur" attendu de la nouvelle "sanction-remobilisation" (à savoir, suspendre ou supprimer l'allocation durant une certaine durée en cas de non-respect du contrat d'engagement réciproques), ne "s'appuie sur aucuns travaux scientifiques".
Les associations demandent un moratoire immédiat sur la réforme et de restreindre une expérimentation à 2 territoires pilotes "avant toute généralisation".
Malgré les fortes oppositions exprimées par le Conseil national de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale (CNLE) cf. espace veille, le collectif Alerte cf. espace veille ou encore ATD Quart Monde cf. pétition, le décret "sanctions" est publié au Journal Officiel le 31 mai.
Malgré les diverses mises en garde et préconisations, le décret est fidèle à l'ambition initiale de l'exécutif, qui avait filtré dans la presse dès le mois de mars cf. espace veille