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Plein emploi : le CAE appelle à "mettre le paquet" sur les jeunes

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Vie Sociale & Professionnelle

Localtis - Banque des territoires

Guillaume Ducable

17/03/2025

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emploimarché du travailchômage

La dernière publication en date du Conseil d'analyse économique (CAE) s'intéresse à la question du plein emploi à travers, notamment, des comparaisons sur plusieurs décennies avec l'Allemagne, le Royaume-Uni ou encore les États-Unis.


Dans une note du 4 mars du Conseil d'analyse économique, rattaché au Premier Ministre, plusieurs économistes dressent une comparaison du niveau d'emploi entre la France, l'Allemagne, le Royaume-Uni et les États-Unis.

 

Principaux constats

  • La France compte effectivement un nombre d'heures de travail par habitant inférieur aux 3 pays comparés. Ce retard s'explique essentiellement par un taux d'emploi plus faible.
    • Ce taux d'emploi plus faible s'explique essentiellement par les taux d'emplois inférieurs chez les jeunes (16-29 ans), et séniors (55-74 ans). Chez les 30-54 ans, le taux d'emploi français est comparable à ceux des trois autres nations considérées.
  • Par contre, en prenant en compte le nombre d'heures de travail annuelles par personne en emploi, la France est à un niveau comparable au Royaume-Uni (environ 1650 heures), supérieur à l'Allemagne (environ 1570 heures), mais restent nettement en-dessous des États Unis (environ 1920 heures).
    • Depuis 1968, on note une réduction progressive du temps de travail dans les 3 nations européennes, là où le temps de travail étasunien s'est maintenu à son niveau des années 1970.

 

L'insertion des jeunes

Le CAE s'est également intéressé aux motifs du sous-emploi des jeunes vis-à-vis de ses voisins européens ou américain. Le premier facteur explicatif semble être le statut des jeunes entre études & activité professionnelle.

  • En proportion de leurs populations jeunes respectives, l'Allemagne comme le Royaume-Uni comptent environ 15% de moins de jeunes "en étude seulement" que la France.
  • Ils ont par contre davantage de jeunes qui travaillent en parallèle de leurs études, hors apprentissage (+10 %)
  • Concernant l'apprentissage, l'Allemagne reste légèrement devant la France (+4,5%) mais le Royaume-Uni est derrière (-5,5%). Aussi, hors études, le nombre de jeunes uniquement en emploi est supérieur en Allemagne (+4%) et au Royaume-Uni (+12,5%).
  • En corollaire des constats ci-dessus, le nombre de jeunes "NEETs" (ni en études, ni en emploi) est inférieur en Allemagne (-5%) et au Royaume-Uni (-2%) qu'en France.

 

 

Aussi, le CAE note que les étudiants français terminent leurs études plus tardivement que les allemands et britanniques.

  • Environ 75% des jeunes français ont terminé leurs études à 18 ans, contre 80% des allemands et 86% des britanniques
  • Bien que dans des proportions se réduisant, le taux de fin d'études des jeunes français reste inférieur à ses deux voisins à 20 ans, 22 ans et 24 ans.

 

Dynamiques structurantes du marché de l'emploi entre 2003 et 2023

Le CAE identifie les trois principales dynamiques affectant la quantité de travail en France ces 20 dernières années :

  • La forte hausse du nombre d'heures de travail des séniors 
    • qui augmente en 20 ans de 50 heures / an le nombre d'heures moyen par habitant en France, soit +5% de la quantité de travail annuelle.
  • La forte hausse de celui des femmes
    • contribue à une augmentation de +10% de la quantité de travail en France sur la période. Un effet relativement plus fort qu'au Royaume-Uni ou en Allemagne.
    • Néanmoins, ce "moteur de croissance" de la quantité de travail a été alimenté par la hausse du niveau d'éducation des femmes mais stagne désormais.
    • En comparaison des trois autres pays, la quantité de travail des femmes reste inférieur pour la France, du fait d'un taux d'emploi plus faible. On note néanmoins que l'écart se réduit avec l'élévation du niveau de diplôme (les françaises diplômées du supérieur travaillant davantage que les allemandes diplômées du même niveau).
  • La forte baisse de celui des moins qualifiés
    • La quantité d'emploi des hommes (16-74 ans) les moins qualifiés a connu une chute remarquable entre les années 1990 et 2020 (environ -40%) pour arriver à 627 heures annuelles contre 1 020 en Allemagne et 1 105 au Royaume-Uni ou environ 1 400 heures pour les français diplômés du supérieur. Cette baisse "est d'autant plus spectaculaire qu'elle est très spécifique à la France", explique le CAE.
    • Ce constat s'explique essentiellement, là encore, par la différence de taux d'emploi des moins qualifiés vis-à-vis des plus qualifiés, et des moins qualifiés français vis-à-vis des moins qualifiés des autres pays comparés.

 

Concernant le temps de travail, le CAE s'intéresse également à la productivité horaire du travail. À ce titre :

  • La productivité horaire des français est supérieure à celle des allemands et britanniques sur l'ensemble de la période concernée (1971-2023)
  • La productivité horaire française était supérieure à celle américaine de 1980 à 2008 mais la tendance s'est inversée avec la réduction du temps de travail américain (les américains travaillaient 450 heures de plus par an que les français au début des années 2000 contre 300 aujourd'hui)
  • En lien avec ce constat, le CAE rappelle que la réduction du temps de travail tend à améliorer la productivité horaire et souligne que "les heures « marginales » sont significativement moins productives que les autres. [...] C’est un point à garder en tête car l’objectif d’augmenter le nombre d’heures travaillées va inévitablement avoir pour effet de réduire la productivité horaire relative en France."

 

 

Conclusions & recommandations

En conclusion, le CAE livre ses préconisations concernant les "gisements de travail" lui semblant les plus pertinents à exploiter :

  • Il invite les politiques publiques à cibler les politiques publiques en faveur d'une plus importante participation au marché du travail, plutôt que les politiques de réduction du taux de chômage (ex : radier un allocataire de France Travail réduit le taux de chômage mais n'augmente pas le taux d'activité) ;
  • La question du taux d'emploi des jeunes en France "doit [...] devenir une priorité de politiques publiques." Ce qui implique de repenser les parcours éducatifs et "de faire des NEET une priorité absolue et de revoir l'ensemble des politiques d'insertion des jeunes sur le marché du travail."
  • Afin de continuer de bénéficier de l'important "gisement de travail" que représente le travail des femmes, le CAE invite à ce que les politiques publiques s'intéressent à lever "l'impact négatif très fort de l'arrivée des enfants sur les trajectoires professionnelles des femmes."
  • Concernant le taux d'emploi des personnes les moins qualifiées, qui doit être "en haut de la liste des priorités d'action publique", le CAE appelle à approfondir les recherches sur la compréhension du phénomène.

 

À l'inverse, concernant ce qu'il ne lui semble pas pertinent d'explorer :

  • "Le problème en France concerne le taux d’emploi (marge extensive) et non pas le nombre d’heures travaillées par actif en emploi (marge intensive). La focalisation du débat sur des politiques qui s’attachent à la marge intensive du travail, du type réduction des jours de congé, dérégulation des heures de travail, défiscalisation des heures supplémentaires, semble donc peu pertinente."
  • Concernant la baisse du taux d'emploi des moins qualifiés, "le timing de cet effondrement suggère qu’a priori, le problème fondamental ne provient pas du niveau du coût du travail ou du niveau du Smic. La baisse a essentiellement été enregistrée ces quinze dernières années, une période où les écarts de coûts du travail moins qualifié se sont considérablement réduits avec l’Allemagne ou le Royaume-Uni (poursuite des politiques d’allègements de charges en France, hausse des Smic relatifs en Allemagne et au Royaume-Uni, etc.) Le problème n’est sans doute pas lié non plus à la générosité de l’indemnisation du chômage en France : comme nous l’avons montré, les écarts sont quasi intégralement expliqués par le faible niveau du taux d’activité des moins qualifiés, et non pas par des différentiels de taux de chômage. Il convient donc de creuser plutôt du côté de la forte proportion de NEET, de leur faible intégration ou des discriminations qui les éloignent du marché du travail. Il faut également creuser du côté des politiques sectorielles et des déterminants de la demande de travail peu qualifié."

 

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