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Comment évolue la pratique du télétravail depuis la crise sanitaire ?

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Vie Sociale & Professionnelle

DARES

Mikael Beatriz;Louis-Alexandre Erb

05/11/2024

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Entre 2019 et 2023, la part des personnes salariées pratiquant le télétravail au moins occasionnellement passe de 9 % à 26 %. Les télétravailleurs ont davantage d'autonomie et travaillent de manière moins intense lorsqu'ils sont à distance plutôt que sur site. En revanche, le soutien qu'ils peuvent obtenir de leurs collègues ou supérieurs est réduit. C'est particulièrement le cas dans la fonction publique.


Le 5 novembre, Mikael Beatriz et Louis-Alexandre Erb, chercheurs à la Dares, publient deux études sur le télétravail : la première porte sur l'évolution des pratiques depuis la crise sanitaire (2019, 2021 et 2023) et la seconde sur les conditions de vie des télétravailleurs.

 

Mutation des pratiques du télétravail avec et après la crise sanitaire

Synthèse : après un essor des pratiques du télétravail avec la crise sanitaire, l'usage s'est recentré sur les cadres.

 

Quelques chiffres sur l'évolution des pratiques de télétravail après la crise sanitaire :

  • Le nombre de salariés pratiquant le travail occasionnellement est passé de 9% (2M de salariés) à 30% entre 2019 et 2021, avant de redescendre à 26% (6,1 M de salariés) en 2023.
    • Ceux en télétravail 3 jours par semaine ou plus : de 1% à 18% entre 2019 et 2021, avant une baisse à 5% en 2023.
  • La hausse du télétravail est fortement portée par les cadres :
    • Alors que la période 2021-2023 s'est caractérisé par un recul du télétravail pour les employés (-2%) et professions intermédiaires (-5%), la pratique augmente légèrement chez les cadres (+2%)
    • Aussi, entre 2019 et 2023, la pratique occasionnelle du télétravail a augmenté :
      • Ensemble : +17 %
      • Ouvriers : +0 %
      • Employés : +2 %
      • Professions intermédiaires : +4 %
      • Cadres : + 11 %
    • En 2021 et 2023, 65% des cadres ont accès au télétravail contre - en 2023 - 28% des professions intermédiaires, 11% des employés et 1% des ouvriers.
  • Aspirations au télétravail :
    • 34% des salariés souhaitent avoir au moins 1 jour de télétravail par semaine. Mais seulement 8% souhaitent être en 100% télétravail.
    • En 2023, 44% des télétravailleurs souhaitent pouvoir avoir davantage de télétravail. Seuls 12% en veulent moins.
      • Une évolution nette avec 2021 (crise sanitaire et télétravail parfois subi) où seuls 14% en voulaient plus et 52% en voulaient moins.

 

Impact du télétravail sur les conditions de vie des télétravailleurs

Le même jour, les deux auteurs de cette étude en publient une seconde pour la Dares, s'intéressant cette fois aux bienfaits du télétravail sur les conditions de vie, de travail et la santé des salariés concernés.

 

Principaux constats :

  • Les salariés en télétravail relèvent en moyenne des meilleures conditions de travail sur les temps télétravaillés :
    • Aspects positifs : -51% "Interruptions fréquentes des tâches", -30% "Impossible d'organiser le travail soi-même", -27% "Travail sous pression", -15% "Plaintes des proches"
    • Aspects négatifs : +23% "Absence de discussions avec le collectif", +22% "Manque de moyens adaptés", +11% et +9 % de manque de soutien des collègues et du supérieur

 

 

 

  • Des télétravailleurs en meilleure santé que les non-télétravailleurs
    • En 2023, les télétravailleurs, vis-à-vis des non-télétravailleurs, présentent moins fréquemment un état de santé altéré (31% contre 37%), un risque de dépression (17% contre 20%), des troubles du sommeil (40% contre 44%), une maladie chronique (24% contre 28%), des douleurs fréquentes (51% contre 57%) : des écarts qui persistent avec la prise en compte des différentes caractéristiques sociales des travailleurs (genre, CSP, taille de l'établissement, ancienneté, ...)
    • Lorsqu'ils sont malades, les télétravailleurs sont moins en arrêt maladie que les non-télétravailleurs. Cette situation, appelée "présentéisme" par la Dares, concerne 53% des journées de maladie des télétravailleurs contre 45% de celles des non-télétravailleurs. L'écart est plus important chez les femmes (52% contre 39%).
  • Des distinctions genrées dans l'articulation vie professionnelle / vie personnelle en cas de télétravail :
    • La pratique du télétravail modifie peu les écarts de temps consacré au travail domestique dans le couple.
      • En 2023, 60% des femmes en couple réalisent plus de 7h de travail domestique par semaine, qu'elles soient en télétravail ou non. Pour les hommes, ils sont 47% pour les télétravailleurs, 44% pour les non-télétravailleurs.
      • La présence d'un enfant de moins de 3 ans dans le ménage laisse apparaître un écart légèrement plus significatif en cas de télétravail : la part de femmes consacrant plus de 7h/semaine au travail domestique passe de 65% pour les non-télétravailleuses à 67%, contre un écart de 12 points pour les hommes (44% à 56%).
    • À l'inverse, la charge mentale concernant la gestion quotidienne du foyer durant les horaires de travail diminue en cas de télétravail pour les hommes. Chez les femmes, on passe de 35% à 33% en télétravail, contre 33% à 23% pour les hommes en télétravail.
      • "Si le télétravail apporte une autonomie temporelle et permet une économie de temps susceptibles de se traduire par un rééquilibrage des tâches, cela présuppose un effort de coordination et de maîtrise des différentes temporalités, rôle traditionnellement dévolu aux femmes, ce qui semble persister, voire s’accentuer avec la mise en place du télétravail."

 

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