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Départ en colonie de vacances à 11 ans : les effets du Pass colo

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Article

Education

INJEP

Tana Stromboni;Lamia Kieffer-Benjankhar;Chloé Mellet

92 p.

22/10/2025

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rapport/étudePass coloséjours de vacancescoloscolonies de vacances

L'Institut national de la jeunesse et de l'éducation populaire (INJEP) a été mandaté par la Direction de la jeunesse de l'éducation populaire et de la vie associative (DJEPVA) et la Délégation interministérielle à la prévention et à la lutte contre la pauvreté (DIPLP) pour piloter l'évaluation du Pass colo, un dispositif destiné à favoriser le départ en colonie de vacances des enfants l'année de leurs 11 ans. Lancé au printemps 2024, le Pass colo s'adresse aux familles modestes et aux classes moyennes, avec pour objectif de réduire les inégalités d'accès aux séjours collectifs et de soutenir un secteur fragilisé par la crise sanitaire.

L'évaluation, conduite entre septembre 2024 et juin 2025, s'appuie sur une double approche : quantitative (exploitation des données administratives, enquête nationale auprès de plus de 11 000 familles) et qualitative (entretiens avec des parents, des organisateurs et des acteurs institutionnels). Elle vise à documenter la mise en œuvre du dispositif, à analyser son adéquation aux besoins des familles et à identifier ses premiers effets.

Le rapport met en évidence les inégalités persistantes dans le départ en vacances et en colonie de vacances, auxquelles font face les familles. Concernant le dispositif plus précisément, il souligne la satisfaction élevée des familles recourant au Pass colo malgré un recours et un impact limités sur les départs lors de cette première année de mise en œuvre. Il souligne également le déficit de connaissance du dispositif par les ménages concernés et le besoin de relais par les acteurs de proximité, tout en identifiant des marges de progression pour l'avenir.


Le 22 octobre, l'INJEP publie le premier bilan du Pass Colos, annoncé par la ministre Aurore Bergé en juillet 2023 cf. Diaporama, et mis en oeuvre à partir du printemps 2024 cf. Diaporama

 

En résumé : le Pass colos aura souffert d'un manque de notoriété criant sur son premier exercice, mais ne manque pas sa cible en touchant essentiellement les publics les plus précaires. La limite d'âge à 11 ans et la difficile compréhension de l'écosystème des aides au départ font partie des freins sur lesquels l'INJEP invite l'exécutif à travailler. Le dispositif rencontre par ailleurs de très forts taux de satisfaction.

 

Pour rappel, le Pass colos :

  • consiste en une aide de 200 à 350 € destinée à financer le départ en vacances d'un enfant, l'année de ses 11 ans (ou la suivante s'il ne s'en n'est pas saisi la bonne année) pour un séjour de plus de 3 nuits ;
  • est versé sous condition de ressources et concerne les ménages présentant un quotient familial (QF) inférieur à 1 500€ ;
  • fonctionne sur le principe du tiers-payant, les organisateurs devant contracter une convention avec VACAF pour récupérer l'aide.

 

Les départs en vacances des jeunes de 11 ans

L'enquête de l'INJEP passe par une revue des départs en vacances des jeunes de 11 ans afin de constituer la base de comparaison des jeunes éligibles au Pass Colos.

En 2024, 40 % des enfants de 11 ans ne sont pas partis en vacances. Un constat qui varie fortement selon plusieurs critères :

  • Social. 49% de ceux dont le QF est inférieur à 700 € sont partis en vacances contre 70 % dont le QF est entre 1 200-1 500€ et 87 % de ceux dont le QF est supérieur à 2 500€ ;
  • Géographique. 54% de ceux vivant dans les centres urbains intermédiaires sont partis contre 62 % en moyenne ;
  • Familial. 50 % des enfants de parents seuls sont partis en vacances contre 66 % des enfants de couples.
  • D'autres profils envoient davantage leurs enfants en colonies de vacances :
    • Les ménages diplômés de bac+3, vis-à-vis des de ceux qui n'ont pas le bac (+6 %)
    • Les familles de 4 enfants ou plus, vis-à-vis de celles ayant maximum 2 enfants (+8 %)

 

Parmi les autres facteurs du non-départ, l'INJEP insiste sur l'importance d'une "culture du départ" :

  • 73 % des parents ayant inscrit leur enfant en colo en 2024 avaient déjà inscrit un ou plusieurs enfants par le passé ;
  • 41 % des parents ayant inscrit leur enfant mentionnent un lien préalable avec l'équipe d'animateurs ou la structure organisatrice ;

 

Sont également cités :

  • Le souhait de l'enfant. Près de la moitié des parents interrogés mentionnent le souhait de l'enfant de partir en colo ; 24 % soulignent que le départ de leur enfant avec un autre du réseau amical ou familial était un levier majeur d'inscription ;
  • La perception d'une aide financière est également mentionnée par 41 % des familles monoparentales et 45 % de celles ayant un QF inférieur à 700 € (contre 23 % en moyenne).

 

Le recours au Pass Colos

Pour sa première année, l'INJEP reconnaît les constats déjà partagés d'un lancement manqué. Le décret, publié fin mars, n'aura pas facilité le déploiement et la communication auprès d'un dispositif qui a souffert d'un manque de notoriété et n'aura touché en 2024 que 16 000 enfants sur 554 000 éligibles (3 %). Pour l'année 2025, au 1er septembre, 28 300 enfants ont utilisé le Pass colos (dont un tiers de 12 ans), soit une augmentation de +77 % en un an.

  • 68 % des ménages éligibles ont eu connaissance de l'aide via une notification de la CAF ou MSA ;
  • 31 % qui ont eu l'information ont néanmoins estimé les informations "pas claires ou pas accessibles" ; 43 % font ce constat sur la question du cumul du pass colos avec d'autres aides.

 

Outre le nombre de familles éligibles, l'INJEP a rapporté le nombre de bénéficiaires du Pass colos aux nombre de familles éligibles ayant malgré tout envoyé leur enfant en colonies de vacances en 2024 : les chercheurs aboutissent malgré tout à un important taux de non-recours, de l'ordre de 75 %.

 

Parmi les facteurs de non-recours identifiés :

  • Les freins habituels concernant le départ en colos : 91 % des ménages éligibles n'ont pas envoyé leur enfant en colos ;
  • Le manque de notoriété du dispositif : 52 % des ménages éligibles indiquent que la connaissance du Pass colos aurait pu les amener à inscrire leur enfant (14% l'auraient fait "certainement") ;
  • La volonté des familles d'envoyer leur enfant dans des séjours qu'ils connaissent, même lorsqu'ils ne sont pas conventionnés

 

Parmi les profils effectivement utilisateurs du Pass colos, l'INJEP souligne que ceux les plus surreprésentés sont ceux ayant un QF inférieur à 1 200€, ceux vivant en "Zones rurales et dispersées" et les familles monoparentales en garde complète. Les chercheurs en concluent que, si le dispositif manque de portée, il ne manque pas sa cible.

 

L'impact du Pass Colos

Concernant l'impact, l'INJEP souligne que peu de résultats notables sont à relever, notamment du fait de la faible notoriété du dispositif sur sa première année :

  • 11 % des bénéficiaires du dispositif ont envoyé leur enfant en colo, contre 10 % des non-bénéficiaires ;
  • 70 % des utilisateurs du Pass colos avaient déjà envoyé leur enfant en colonies de vacances (d'où un impact peu significatif sur des premiers départs) ;
  • La moitié des recourants avaient déjà prévu d'envoyer leur enfant en colos avant de découvrir le Pass colos ;

 

L'INJEP conclut enfin sur les très hauts niveaux de satisfactions des ménages bénéficiaires (90-95 %), la facilité des démarches d'inscription et de paiement, et des conventions avec les organisateurs de séjours adaptées.

Les chercheurs soulignent néanmoins que :

  • les organisateurs reprochent des démarches fastidieuses pour inscrire leurs séjours ;
  • la complexité du champ des aides au départ existantes ;
  • les familles aux QF les plus faibles éprouvent des difficultés dans les démarches d'inscription : "Une attention particulière devrait ainsi être portée à ces publics" ;
  • la limite d'âge à 11 ans uniquement rebutent parfois certaines familles qui souhaiteraient inscrire deux enfants ensemble pour leur premier départ.

 

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