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Violences sexuelles faites aux enfants : "La parole des victimes n'est plus la boussole", dénonce Solène Podevin Favre qui démissionne de la Ciivise

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22/01/2026

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La présidente de Face à l'inceste dénonce "un climat délétère" et une commission divisée.


12 février 2026. La sénatrice Annick Billon appelle à réhabiliter le modèle de la première CIIVISE

Le 12 février, au Sénat, la centriste Annick Billon interpelle via une question orale la ministre Stéphanie Rist sur le sujet.

Elle rappelle que "malgré les résultats probants obtenus depuis sa création, la gouvernance de la commission a été renouvelée début 2024, marquant un tournant critique dans l'exercice de ses missions."

 

Aussi, constatant les démissions des membres dirigeants de l'instance et "la nouvelle configuration du pilotage annoncée de la commission [qui] ne garantit en rien un retour à une gestion sereine et constructive", la sénatrice appelle à revenir "à la promesse faite aux victimes : que leur parole ne soit plus jamais ignorée", et à "réhabiliter un modèle inspiré du premier mandat de la CIIVISE, qui a largement démontré ses capacités d'écoute et d'action".

 

Ce premier modèle, coprésidé par la docteure en psychologie Nathalie Mathieu et le juge des enfants Édouard Durand, avait permis la création d'un espace précieux de libération de la parole et d'accueil de plus de 30 000 victimes, et permis la réalisation d'un large diagnostic et l'établissement des fameuses 82 préconisations. Leur non-reconduction à la tête de la CIIVISE était allé de pair avec la fin de l'accueil de victimes et un affaiblissement de la volonté politique sur les différentes recommandations émises.

 

20 et 22 janvier 2026. Thierry Baubet et Solène Podevin Favre démissionnent de la gouvernance de la CIIVISE

Fin janvier, deux des trois derniers membres du collège directeur de la CIIVISE annoncent leur démission de l'instance, déplorant ses dysfonctionnements et sa perte de repères.

 

Dans un message publié sur Linkedin le 20 janvier, le psychiatre Thierry Baubet annonce sa démission tout en ne s'étendant pas sur ses motifs afin de respecter la charte de confidentialité de l'instance. Il mentionnera simplement, le lendemain, "des désaccords sur des décisions prises et sur les modalités de fonctionnement".

Deux jours plus tard, la présidente de Face à l'inceste Solène Podevin Favre fait la même annonce sur France inter, annonçant par la même le retrait de l'association qu'elle préside de la Ciivise. Au cours de cet entretien, elle détaille davantage ses motifs de départ. Elle évoque premièrement d'importants désaccords sur le fond : "La parole des victimes n'est plus la boussole des travaux de la CIIVISE actuellement, annonce-t-elle gravement. Nous ne sommes plus en mesure de confirmer la promesse que nous avons faite aux victimes." Elle souligne notamment les forts désaccords exprimés en interne sur les 82 recommandations pourtant portées par cette même instance dans son rapport de 2023, elle cite notamment l'une des mesures phares : l'imprescriptibilité des crimes sexuels sur mineurs.

  • Sur ce point, la troisième - et donc dernière en poste - membre du collège directeur, la présidente de France Victimes Maryse Le Men Régnier, avait exprimé publiquement et fortement son désaccord avec cette recommandation dans une tribune dans Le Point, parue en mai 2025.
  • "Je ne comprends pas qu'on rejoigne une commission dont on ne partage pas la recommandation phare", exprimait un membre de l'instance contacté par Médiapart.

 

Dans les fonctionnements internes, Solène Podevin-Favre déplore un "climat de travail délétère" et une "mise en silence de [son] association" lui empêchant l'accès au groupe de travail chargé du suivi de la mise en application des recommandations. Enfin, concernant le soutien public, elle rappelle que l'instance bénéficie de moyens plus que réduits depuis avril 2024 et tourne essentiellement sur des bénévoles avec un seul fonctionnaire en charge du secrétariat général. "On a maintenu la CIIVISE mais on l'a vidée de moyens", conclut-elle. Elle estime que les recommandations de l'instance restent à porter politiquement, ailleurs, et appelle à une mobilisation interministériels et au déblocage des moyens financiers nécessaires.

 

Dans un communiqué publié le jour-même de la démission publique de la présidente de Face à l'inceste, la ministre Stéphanie Rist réaffirme "la mobilisation totale du Gouvernement pour renforcer la protection immédiate des mineurs, améliorer le repérage et la prise en charge, et poursuivre les travaux sur les évolutions juridiques nécessaires, dans un cadre juridiquement solide et protecteur, conforme aux principes de l’État de droit."

Elle appelle au lancement d'une mission indépendante d'appui à la transformation de la CIIVISE afin de permettre sa "bascule" dans le droit commun, comme le préconisait un précédent avis de l'instance cf. espace veille

 

Rappels du VIF

Pour rappel, après 2 ans de travail et la parution du rapport de la CIIVISE en novembre 2023 cf. Diaporama nov. 2023, le juge des enfants Édouard Durand et la docteure en psychologie et sciences de l'éducation Nathalie Mathieu n'avaient pas été reconduits dans leurs fonctions d'animation de l'instance, l'exécutif lui préférant le tandem Sébastien Boueilh-Caroline Rey-Salmon cf. Diaporama déc. 2023 

Le premier était notamment opposé à l'une des recommandations phares de la CIIVISE (l'imprescriptibilité des viols et agressions sexuelles sur mineurs) tandis que la seconde, accusée de violences sexuelles, aura précipité la démission de cette "CIIVISE 2cf. Diaporama fév. 2024

Début avril, la ministre réinstaure une 3ème CIIVISE, pilotée par le collège directeur composé de 4 membres : Thierry Baubet (psychiatre spécialisé), Solène Podevin-Favre (association Face à l'inceste), Bruno Questel (ancien député macroniste) et Maryse Le Men Regnier (association France Victimes) cf. Diaporama avr. 2024

L'avocat Bruno Questel démissionnera le mois suivant, le reste de l'instance s'étant désolidarisé de propos que ce dernier avait tenus dans la presse dans le cadre de la défense d'un père accusé d'inceste par sa fille.

 

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