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Pauvreté et conditions de vie des jeunes dans le monde rural

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IGAS (Inspection Générale des Affaires Sociales)

Noor-yasmin Djataou;Hélène Furnon-Petrescu;Carine Seiler;Adèle Kerckove;Juliette Berthe

11/2024

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rapport/étudejeunesjeunesseterritoires rurauxpauvretéprécaritéruralité

Longtemps qualifiés d'« invisibles », moins nombreux que les jeunes urbains (ils représentent en moyenne 24 % de leur classe d'âge), les jeunes ruraux focalisent moins l'attention alors que leur place – et les choix qu'ils réalisent (partir ou rester) – sont cruciaux pour l'avenir des territoires ruraux. Post mouvements des gilets jaunes et crise du Covid, l'IGAS a souhaité s'interroger sur la pauvreté des jeunes ruraux, qualifier leurs conditions de vie et le sentiment de délaissement exprimé par certains jeunes, analyser les facteurs spécifiques de fragilité au regard de ceux de l'ensemble de la jeunesse, et examiner les réponses qui leur sont apportées. L'IGAS a donc lancé en février 2024 une mission sur la pauvreté et les conditions de vie des jeunes qui
résident dans les territoires ruraux, dans le cadre de son programme de travail.


Dans un contexte post-covid et post-gilets jaunes, l'Igas a souhaité s'intéresser au sentiment de délaissement exprimé par certains des jeunes ruraux, ainsi qu'à leurs conditions de vie.

 

Les constats :

  • Les jeunes (ici, 15-29 ans) ruraux sont 3 millions : ils représentent 24% de leur classe d'âge au niveau national.
  • Ils ne représentent que 14% des résidents de leurs territoires.
  • Malgré le manque de données, l'Igas estime que 338 000 jeunes ruraux vivent sous le seuil de pauvreté. (données portent sur les 18-24 ans, en l'absence de données sur les 15-29 ans).
  • Points commun avec les jeunes urbains :
    • Ils expriment les mêmes aspirations que les autres jeunes
    • Ils sont "débutants" sur le marché du travail : 22,4% des jeunes ruraux sont au chômage, 37,8% de ceux en emploi sont en CDD ou intérim
    • Ils rencontrent des difficultés d'accès aux logements et sont "débutants" dans leurs démarches administratives
  • Différences avec les jeunes urbains :
    • "Il s’agit sans surprise des effets d’une moindre présence de services publics et des équipements, malgré le développement des maisons France Services, mais aussi des temps de déplacements et distances. Le rapport met en lumière de réels freins spécifiques, dont l’éloignement et une mobilité empêchée sont les facteurs déterminants"
    • La dématérialisation des services génère des risques d'exclusion et du non-recours
    • Le coût de la mobilité dans des espaces où le véhicule personnel apparaît indispensable génère des difficultés d'autonomie et d'émancipation.
    • La pauvreté monétaire est légèrement favorable aux jeunes ruraux, qui commencent à travailler plus tôt, en moyenne. La moyenne masque néanmoins de fortes disparités avec des taux de chômage et de pauvreté importants dans des territoires ruraux isolés.
    • L'isolement et les difficultés de mobilité :
      • nourrissent une autocensure des jeunes ruraux dans leurs choix d'avenir : 28% d'entre-eux accèdent à l'enseignement supérieur (vs 37% des urbains)
      • pèsent sur la dégradation des sociabilités et de la santé mentale des jeunes ruraux
    • Les inégalités de genre et violences faites aux femmes sont plus marquées en milieu rural ; "les besoins des jeunes femmes en matière de santé sexuelle et reproductive y trouvent difficilement leur réponse"
  • "Les politiques publiques transverses apportent des réponses en proximité mais insuffisamment ciblées vers les jeunes ruraux"
    • L'action publique se concentre souvent dans les bourgs ruraux ou petites villes -> besoin d'actions d'aller-vers, "hors-les-murs", d'actions polyvalentes et de coopérations entre acteurs.
  • Les dispositifs et aides sociales destinées aux jeunes ruraux prennent mal en comptes leurs difficultés spécifiques : besoin d'un revenu stable pour accéder à un logement, coût de la mobilité, ...

 

Parmi les 26 recommandations :

  • Au global : prendre en compte les surcoûts de la ruralité (notamment en matière de mobilité) dans les dispositifs dédiés aux jeunes précaires (CEJ notamment), dans les offres de formation et apprentissage portés par les régions
  • Étendre la durée maximale du CEJ à 3 ans pour les jeunes en très grande vulnérabilité
  • Améliorer la connaissance sur la jeunesse rurale en développant une enquête périodique et en intégrant une variable sur la ruralité dans l'évaluation des dispositifs d'accompagnement existants
  • Intégrer un axe "Jeunesse" aux stratégies et plans nationaux, avec une attention particulière à la jeunesse rurale
  • Mettre en place une conférence de la jeunesse, au moins tous les 3 ans et précédée de conférences territoriales, regroupant les acteurs nationaux, dont l'un des volets porterait sur la jeunesse rurale.

 

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