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La Maison Bleue dans le collimateur du SNPPE

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Education

Les pros de la petite enfance

Catherine Lelièvre

01/03/2025

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Dans un communiqué au vitriol le SNPPE dénonce les dysfonctionnements des crèches du groupe La Maison Bleue.


25 juin 2025. Deux députés socialistes interpellent la ministre

Le 25 juin, les députées socialistes Florence Hérouin-Léautey et Céline Hervieu signent une lettre ouverte à la ministre Catherine Vautrin concernant le rapport de l'Igas sur le groupe La Maison Bleue.

Les députés espèrent que ce contrôle appelle des contrôles d'autres grands groupes privés de crèches et rappellent l'urgence d'un véritable service public de la petite enfance, qu'elles jugent aujourd'hui flou, sans "contours partagés, ni moyens suffisants".

Aussi, les députés demandent à la ministre en charge de la petite enfance :

  • Un point d'étape aux parlementaires concernant les places ouvertes dans l'accueil individuel et collectif ;
  • Si la ministre compte "à terme, [...] réorienter les financements publics vers des structures à but non lucratif ou relevant du service public, plutôt que de continuer à alimenter des groupes privés dont la finalité première est la rentabilité financière et non l'intérêt général"
  • Si la ministre compte pousser l'inscription à l'agenda du Sénat de la proposition de loi de Céline Hervieu, prenant mesure d'urgence pour protéger nos enfants accueillis en crèches privées à but lucratif, qu'elle avait soutenu lors de son adoption à l'Assemblée cf. espace veille

 

19 juin 2025. Babilou s'exprime prudemment sur le rapport et se prépare à être également contrôlé

À l'occasion de la présentation de son plan de transformation stratégique à horizon 2028, le groupe Babilou a été interrogé sur le rapport Igas concernant son concurrent.

Pour rappel, Babilou est l'un des 4 grands acteurs lucratifs de la petite enfance (avec La Maison Bleue, People & Baby et Les Petits Chaperons Rouges). Il est même de loin le plus important avec, en 2023, 1 200 crèches dans 10 pays pour un chiffre d'affaires de 780 M€. En France, le groupe gère 470 crèches pour un chiffre d'affaires de 225 M€.

 

Les dirigeants ont assuré prendre très au sérieux le rapport et continuer à l'étudier. Le PDG du groupe Christophe Fond s'affiche néanmoins confiant : "Notre première lecture, nous sommes mieux. [...] Je ne veux pas jeter la pierre à La Maison Bleue. La situation est assez dramatique, non seulement pour eux, mais pour le secteur. [...] Mais nous voulons nous assurer qu’il n’y ait pas d’ambiguïté dans la lecture de ce que nous sommes chez Babilou, par rapport à ce qui a été écrit dans ce rapport."

 

Alors que People & Baby a vu ses dérives mises en lumière par l'ouvrage journalistique Les Ogres cf. espace veille, et que la Maison Bleue a été épinglée par le premier contrôle Igas permis par la loi de décembre 2023, le 1er acteur lucratif des crèches se prépare également à un contrôle. À ce jour, ils n'ont néanmoins pas encore été contactés par les inspecteurs généraux.

 

16 juin 2025. Publication du rapport de l'Igas sur le groupe La Maison Bleue

4 mois après les premières sollicitations du SNPPE, 15 mois après le lancement de l'enquête, l'Igas publie enfin son rapport sur le groupe La Maison Bleue le 16 juin.

Bien que le rapport soit paru dans une version caviardée - à la demande de La Maison Bleue et en respect du secret des affaires - les constats des inspecteurs sont accablants.

 

Sur le contrôle & la méthode :

  • Le contrôle du groupe "s'est heurté à plusieurs difficultés majeures liées au comportement du groupe"
    • ex : besoin d'investigations contesté, refus de transmission de documents & informations, notamment concernant le développement international du groupe ou l'origine de certains financements.
  • "Pour autant, les éléments recueillis et analysés par la mission suffisent à démontrer d’importantes carences dans la gestion financière et comptable du groupe, doublée de pratiques, parfois intentionnelles, de transmission d’informations erronées à l’administration (communes, CAF) ayant systématiquement pour objet de maximiser les versements de fonds publics."
  • "Le Groupe se caractérise par une organisation juridique complexe, principalement motivée par des raisons fiscales et décorrélée de l’organisation fonctionnelle, et par une gouvernance centrée sur son Président fondateur."
    • Plus de 300 sociétés que le groupe "réutilise en fonction des nouvelles ouvertures de crèches" ; et "la mission constate des mouvements très nombreux d'ouvertures et de fermetures des établissements" : sur 1 000 établissements, seuls 70 % sont actifs ; 57 % ont pour activité principale l'accueil de jeunes enfants.

 

Sur les malversations du groupe :

  • "Dans un contexte de pénurie de professionnels, la recherche d’une optimisation de la masse salariale, premier poste de dépense des crèches, accroît la tension dans les établissements, conduisant à des non-respects fréquents de la réglementation."
  • Qualité d'accueil :
    • en 2023, 49 % des contrôles de la PMI sur les crèches du groupe mentionnent des manquements au respect des règles d'encadrement et de qualification en crèche.
    • "Une « culture » du signalement, en particulier en cas de présomption de maltraitance, tend à se développer, même si elle est très récente et si certains outils sont encore peu identifiés par le personnel des crèches. La prévention du risque de maltraitance reste insuffisante."

 

Préconisations de la mission de l'Igas :

Les inspecteurs proposent 23 recommandations concernant les contrôles des crèches et groupes de crèches, parmi lesquelles :

  • Accompagner la mise en place d’une « task force » Cnaf dédiée au contrôle de groupes de crèches disposant de moyens et de compétences adaptées (COG Cnaf)
  • Inscrire dans le programme national de travail une enquête portant sur les micro-crèches, assortie de sanctions en cas de non-respect des observations faites lors du contrôle de 2021
  • Instaurer une obligation de déclaration des montants des avoirs aux familles pour éviter une sur-optimisation du taux de facturation
  • Définir le niveau des frais de siège en pourcentage des charges, et leur répartition entre les types de crèches, afin d’éviter la variabilité actuelle des pratiques des groupes
  • Renforcer les obligations pesant sur les opérateurs privés quant à la justification des travaux immobiliers qu’ils ont effectués et pour lesquels ils ont sollicité une subvention d’investissement
  • Permettre au délégant d’être informé du niveau de dividende susceptible d’être versé au titre d’une DSP

 

Réactions du secteur

Groupe La Maison Bleue

Le jour même de la publication du rapport, le groupe La Maison Bleue s'exprimait également, tentant de prendre ses distances avec certaines des conclusions de l'Igas.

Le groupe privé "prend acte" du travail réalisé, assure qu'il se défendra devant la justice et estime que certaines "allégations" des inspecteurs généraux sont trompeuses. Et, comme le groupe People & Baby à la sortie du livre-enquête Les Ogres cf. espace veille, La Maison Bleue assure être en train de mener un "plan d'amélioration et de transformation".

 

Le lendemain, le groupe apporte de nouvelles "précisions et clarifications" dans une nouvelle communication. Ce nouveau texte tente notamment d'apporter des éléments mettant en défaut les observations de l'Igas. Parmi ceux-ci, s'opposant aux observations du rapport, le groupe avance notamment :

  • qu'aucune crèche La Maison Bleue n'a perçu de PSU après avoir cessé son activité ;
  • qu'aucune obstruction n'a eu lieu dans l'enquête de la part du groupe, tout en notant que "si certains éléments relatifs à l'international n'ont pas été transmis, c'est uniquement parce qu'ils ne concernaient pas le périmètre français du rapport"
  • que l'endettement de la structure n'a pas d'impact sur la qualité d'accueil ; que les anomalies comptables relevées dans le rapport ne témoignent pas de tentatives de fraudes ; qu'il n'y a aucun manque de transparence vis-à-vis des CAF, ...

 

SNPPE

Également le jour de la sortie du rapport, le SNPPE publie un communiqué incendiaire dénonçant un scandale d'État : le rapport "accable le groupe [...] pour des pratiques indignes dans le secteur de la petite enfance" qui sont "désormais confirmées par l'État lui-même." "L'État n'a rien ignoré. Il a laissé faire. [...] La Maison Bleue, comme d'autres groupes, a prospéré sous le regard complice des pouvoirs publics, grâce à l'argent des familles, des CAF, des communes, de la branche Famille."

 

Le syndicat demande ainsi des sanctions contre le groupe et de couper les financements publics aux groupes de crèches ne respectant pas la loi. Il demande également un moratoire sur les délégations de service public au privé lucratif et le nom des groupes de crèches prochainement contrôlés.

 

20 mai 2025. Une lettre ouverte à la ministre renouvelle la demande de publication du rapport

Trois mois plus tard, le syndicat revient à la charge avec une lettre ouverte à la ministre Catherine Vautrin, datée du 20 mai.

Du fait de la gravité des faits révélés par les témoignages de professionnelles ou par la presse, le SNPPE rappelle sa demande de communication du rapport "dans une version expurgée si nécessaire des seuls éléments relevant du secret des affaires".

"Refuser sa publication ou en différer la communication serait non seulement injustifiable du point de vue de la transparence publique, mais aussi de nature à entretenir le climat de défiance qui s'installe à l'égard des grands groupes gestionnaires d'établissement de la petite enfance", terminent les représentants de salariées.

 

28 février 2025. Le SNPPE souhaite que le rapport d'inspection du groupe La Maison Bleue soit rendue publique

Le 28 février, dans un communiqué, le principal syndicat du secteur de la petite enfance - le SNPPE - relaie des témoignages nombreux concernant le groupe privé lucratif La Maison Bleue, l'une des 4 plus grosses structures du secteur.

Les témoignages cités portent sur des situations de maltraitance institutionnelle, d'opacité dans la gestion, et plusieurs alertes relevées sur différents lieux de travail alertent particulièrement le syndicat : "manque chronique de personnel, structures insalubres, non-paiement des salaires et des indemnités, harcèlement" ...

Le SNPPE rappelle l'enquête de l'Igas lancée sur le groupe en mars 2024 par Sarah El Haïry, alors ministre déléguée chargée de l'enfance cf. Diaporama d'avril 2024, et "[exige] que ce rapport soit rendu public sans délai". Ils appellent à des mesures fortes de l'exécutif pour le respect du droit du travail et la sécurité des enfants afin, notamment, d'"éviter un nouveau scandale à l'échelle d'Orpéa".

 

Voir aussi

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