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Rapport 2026 sur l'état des lieux du sexisme en France : la menace masculiniste

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Solidarité

Haut Conseil à l'égalité entre les hommes et les femmes (HCE)

HCE

21/01/2026

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égalité hommes-femmessexismeVSS (Violences sexuelles et sexistes)masculinismerapport/étude

Le Haut Conseil à l'Egalité a publié ce matin son rapport annuel sur l'état des lieux du sexisme en France, consacré à la menace masculiniste.

Un an après avoir constaté une forte polarisation de la société sur les questions d'égalité et de sexisme, le rapport 2026 sur l'état des lieux du sexisme en France attire l'attention sur une dynamique préoccupante : certaines expressions de sexisme hostile ne relèvent plus seulement de pratiques individuelles isolées, mais s'inscrivent dans des logiques d'adhésion et de mobilisations idéologiques collectives.


Après un rapport annuel en 2024 sur "les racines du sexisme" soulignant que ce dernier "s'enracine, voire progresse" cf. espace veille et un rapport 2025 centré sur la polarisation des discours où le genre devient un terrain d'affrontement cf. espace veille, le Haut Conseil à l'Égalité entre les femmes et les hommes (HCE) publie son 4ème rapport annuel sur l'état du sexisme en France, portant en 2026 sur la menace masculiniste.

 

Comme chaque année, le HCE s'appuie sur un baromètre réalisé avec le CNRS, le laboratoire de psychologie sociale et cognitive de l'université de Clermont-Ferrand, en collaboration avec Harris Interractive. Sur 2025, le baromètre souligne notamment les enseignements suivants.

 

Sexisme hostile et paternaliste se complètent

Le sexisme en France "s'inscrit pleinement dans le modèle international d'un sexisme à double dimension, à la fois hostile et paternaliste".

  • Sexisme hostile : "qui se manifeste par le rejet des femmes et la légitimation des violences et discriminations contre elle".
    • 17 % des personnes interrogées témoignent d'attitudes relevant de cette forme de sexisme (23 % des hommes, 12 % des femmes).
    • Les profils les plus concernés par les formes hostiles de sexisme restent les hommes, les personnes croyantes ou se positionnant à droite, à l'extrême-droite ou sans orientation politique affirmée.
  • Sexisme paternaliste : "qui les perçoit comme des êtres fragiles et inférieurs nécessitant une protection constante."
    • 23 % des personnes interrogées témoignent de manifestations d'un sexisme paternaliste (27 % des hommes, 18 % des femmes).
    • Si, comme le sexisme hostile, le sexisme paternaliste est présent dans toutes les sphères de la société, il est plus diffus dans une diversité d'opinions politiques ce qui "atteste de la capacité de ce discours à s'étendre bien au-delà des franges les plus traditionalistes."
  • Cette structure du sexisme en France (hostile et paternaliste) se retrouve dans l'ensemble de la société et "est partagée par tous les groupes de sexe, indépendamment de l’âge (à partir de 15 ans), de la catégorie socio-professionnelle, du niveau d’éducation ou du lieu de résidence."
  • Le HCE précise que "loin d'être opposés", les sexismes hostile et paternaliste "se complètent pour former un système cohérent, où la dévalorisation explicite et la survalorisation stéréotypée concourent à un même résultat : le maintien d'un ordre genré inégalitaire." Ce qui confirme que "la lutte contre le sexisme ne saurait se limiter à ses expressions les plus visibles".

 

La menace masculiniste

En 2026, le HCE consacre la partie "Focus" de son rapport au masculinisme, "expression la plus structurée et la plus militante" du sexisme hostile.

 

Parmi les éléments notables soulevés par le rapport :

  • Histoire. L'antiféminisme est aussi ancien que le féminisme, notamment en réaction aux progrès sociaux, mais aussi comme une "guerre préventive" contre l'émancipation des femmes. Le masculinisme, précisé dans sa définition actuelle depuis les années 1980, est progressivement revendiqué depuis par ses partisans. L'historienne Christine Bard le décrit comme "un courant, voire un mouvement, défendant les droits des hommes dans une société décrite comme féminisée et dominée par les femmes", mettant en valeur la tradition, la virilité et présentant les hommes comme "une communauté menacée nécessitant une protection".
  • La montée des extrêmes-droites partout dans le monde comme le recul de la modération des réseaux sociaux ont "favorisé la diffusion croissante des discours masculinistes en ligne".
  • Le rapport européen "The Next Wave" sur la montée des extremismes religieux, chiffre à 1,18 Mds$ les financements des mouvements "anti droits et anti-genre en Europe" entre 2019 et 2023.

 

Une partie est consacrée à la diversité de mouvements masculinistes :

  • Les "Incels" (célibataires involontaires), plutôt jeunes, qui traduisent leur absence de relations sexuelles consenties avec des femmes en discours de haine envers ces dernières. Ce mouvement est particulièrement médiatisé par des attentats, et sont conidérés comme une menace pour la sécurité intérieure dans plusieurs pays.
  • Les Men's Rights Activists (MRA) : des hommes plus âgés, souvent mariés et pères. "Leur discours repose sur une rhétorique victimaire masculine véhiculant l’idée que les hommes seraient désormais “dominés” par les politiques d’égalité. Leurs revendications incluent le partage des biens après un divorce, la dénonciation de l’inégalité dans la garde des enfants, le refus de l’échec scolaire des garçons, la reconnaissance des hommes victimes de violences conjugales, ainsi que l’opposition à certaines avancées féministes telles que le droit à l’avortement ou à l’adoption pour les couples de même sexe."
  • Les Pickup Artists (PUA), sous-groupe diffusant des prétendues "techniques de séduction" valorisant des stratégies de manipulation, d'agression des femmes. "les contenus PUA constituent fréquemment une porte d’entrée vers l’ensemble de la manosphère : de nombreux jeunes hommes, initialement à la recherche de simples conseils de séduction, sont exposés à des discours misogynes via un écosystème numérique extrêmement accessible dans lequel une requête aussi anodine que « comment draguer une fille » conduit à des contenus idéologiques et manipulatoires, faisant des PUA un vecteur d’orientation vers des communautés plus radicalisées."
  • Le mouvement Men Going Their Own Way (MGTOW) : "les membres de ce mouvement considèrent généralement toutes les femmes comme vénales voire manipulatrices et prônent pour les hommes une forme de retrait volontaire des interactions amoureuses, sexuelles et domestiques avec elles. En France, cette communauté s’avère particulièrement active et se structure autour d’une hiérarchie stricte entre les genres. Les adhérents justifient leur position par une logique d’« autopréservation masculine », estimant que les femmes seraient à l’origine de l’ensemble de leurs problèmes".
  • ...

 

Parmi les résultats du baromètre :

  • 60 % des hommes pensent que "les féministes veulent que les femmes aient plus de pouvoir que les hommes" ou que "les féministes ont des demandes exagérées envers les hommes".
  • 18 % pensent que "les femmes prennent les postes des hommes sur le marché du travail".
  • 17 % pensent que "quand une femme dit non à un rapport sexuel, on peut la convaincre de changer d’avis".
  • 15 % qu'"une femme agressée sexuellement peut en partie être responsable de sa situation".

 

Le HCE consacre une partie au besoin de prendre en compte la menace masculiniste comme un "enjeu de sécurité nationale".

  • Prenant exemple sur le Canada ou le Royaume-Uni dont les services de sécurité intérieure surveillent de près les mouvements masculinistes, notamment incels, le rapport souligne que la France ne dispose aujourd'hui pas d'assez d'éléments sur ces mouvances. Le risque commence néanmoins à être pris en compte, en témoigne un attentat masculiniste déjoué de juin 2025 pour lequel le parquet national anti-terroriste (PNAT) s'est saisi.

 

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