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Tribune. « Faire croire que toucher de l'argent public exclut toute forme d'autonomie de pensée alimente un ressentiment dangereux »

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Le Monde.fr

Collectif

01/04/2026

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Dans une tribune au « Monde », un collectif de personnalités issues des mondes associatif, syndical et intellectuel s'interroge sur les liens entre liberté d'expression et financement public. Il rappelle que « l'argent public n'achète ni l'asservissement ni le consentement ».


Le 1er avril, une 60aine de dirigeants d'associations nationales s'exprime dans une tribune dans Le Monde, en défense des libertés associatives.

 

La tribune naît, d'une part, du rapport de l'observatoire des libertés associatives publié en février cf. espace veille, mais également de l'initiative d'APF France Handicap, "violemment mise en cause dans certains médias et sur les réseaux sociaux. Il a été présumé que le fait de percevoir des financements publics ne lui accordait pas le droit d’exprimer ses idées et ses valeurs, qui sont la non-discrimination et la défense des droits et libertés fondamentales."

  • > En question ici : un document interne d'APF France Handicap daté du 13 décembre - et obtenu par plusieurs médias d'extrême-droite fin janvier - clarifiant, à l'approche des élections municipales, son opposition claire à l'extrême-droite, posant par la même que tout responsable de l'association s'engageant pour une formation de son bord politique serait exclu, du fait de l'incompatibilité avec le projet porté par l'association. "L’association ne peut souscrire à la vision de société que porte l’extrême droite, ni risquer de cautionner au motif que certaines propositions issues du même programme pourraient être favorables aux personnes en situation de handicap."
  • > Une position qui aura notamment valu à l'association une campagne de dénigrement de la part de médias d'extrême-droite : L'Incorrect à l'origine de la révélation, puis Frontières ou Cnews.

 

Cette situation explique notamment la signature de nombreuses associations du champ du handicap, moins souvent signataires de tribunes sur les libertés associatives : le collectif Handicaps, le CFHE, l'Unapei, la FNATH, LADAPT, le Groupe Polyhandicap France, l'Unafam, Unanimes, ...

Aussi, le champ des signataires reste plus large : on retrouve les habituels Mouvement associatif, ATD Quart Monde, ESS France, l'Uniopss, la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS), Emmaüs, la Ligue des Droits de l'Homme, ... mais aussi quelques associations de jeunesse (Animafac, Ifac, Unis-Cités) ou des personnalités tels que l'ancien secrétaire d'État à l'Enfance Adrien Taquet ou des chercheurs tels que l'historien Pierre Rosenvallon, le sociologue Roger Sue ou le politiste Julien Talpin.

 

"Posons la question clairement, introduisent-ils. Une organisation qui perçoit de l’argent public devrait-elle renoncer à exprimer ses valeurs, ses analyses, ses désaccords ? Devrait-elle s’autocensurer ? Accepter que le financement devienne un moyen de pression idéologique ?"

Les signataires de la tribune dénoncent ainsi une tendance à la neutralisation politique aussi incohérence que délétère pour la démocratie. Incohérence, car comparaison est faite avec les médias ou syndicats qui, percevant des financements publics, sont fondés à tenir des positions politiques. Et délétère pour l'ensemble de la société car user des financements publics pour contrôler les positionnements des associations, "ce serait nier le pluralisme, socle de toute démocratie."

 

"Réduire au silence au nom du financement public est une dérive liberticide : c’est en réalité s’en prendre à la société tout entière et l’accoutumer au pire. Préserver la liberté d’expression et d’action de celles et ceux qui contribuent à la vie collective, c’est, au contraire, la renforcer."

 

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