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Rapport 2025 sur l'état du sexisme en France - A l'heure de la polarisation

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Vie Sociale & Professionnelle

Haut Conseil à l'égalité entre les hommes et les femmes (HCE)

21/01/2025

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rapport/étudeégalité hommes-femmessexisme

Le rapport annuel du Haut Conseil à l'Egalité entre les femmes et les hommes sur l'état du sexisme en France, basé sur le Baromètre Sexisme produit en collaboration avec l'institut Toluna Harris Interactive permet de mettre en lumière deux constats inquiétants :
• Une polarisation sociale autour des enjeux d'égalité de genre notamment dans les médias et les discours politiques.
• Des inégalités sociales et économiques très nettement persistantes.


Dans son rapport 2025, le Haut Conseil à l'Égalité entre les femmes et les hommes (HCE) fait un double constat :

  • Les inégalités sociales et économiques entre hommes et femmes sont "très nettement persistantes"
  • On observe une polarisation sociale autour des enjeux d'égalité de genre "notamment dans les médias et les discours politiques"

 

Les inégalités sociales et économiques persistent

Violences sexistes et sexuelles :

  • 86% des femmes déclarent avoir déjà vécu une situation à caractère sexiste
  • Le baromètre appuie sur les violences vécues dans la sphère intime :
    • 1 femme sur 3 a déjà eu un rapport sexuel "alors qu’elle n’en avait pas envie devant l’insistance de son partenaire (ce que 13 % des hommes reconnaissent avoir pu faire)"
    • De façon générale, les indicateurs sur les situations de non-consentement vécues par les femmes et d'hommes reconnaissants avoir été "insistants" : "Ces indicateurs pris ensemble, la différence d’ordre de grandeur entre les femmes déclarant avoir subi au moins une situation de non-consentement (40 %, +3 points) et les hommes reconnaissant avoir pu avoir ce genre de comportement (23 %, stable) est ainsi toujours aussi saisissante."
      • L'écart est plus fort chez les plus jeunes avec 51% des femmes de 25-34 ans qui déclarent avoir subi une situation de non-consentement contre 28% des jeunes hommes qui en sont conscients.
  • Concernant les violences conjugales, le ministère note 271 000 victimes sur l'année 2023.
    • Ces signalements connaissent une forte hausse dans un contexte de libération de la parole (+15% de victimes déclarées entre 2021 et 2022 ; +10% entre 2022 et 2023)
    • Le HCE rappelle néanmoins que d'après l'enquête "Vécu et Ressenti en matière de Sécurité" de 2023, seuls 6 % des victimes de violences sexuelles physiques portent plainte (4% pour les injures, 6% le harcèlement moral, 2% les violences sexuelles non-physiques).
  • L'étude s'intéresse également aux féminicides :
    • En 2023 : 96 féminicides et 319 tentatives de féminicides sont recensés.
    • Pour la première fois, la mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences et la lutte contre la traite des êtres humains (Miprof) publie des données genrées sur les suicides & tentatives de suicides liés au harcèlement d'un(e) conjoint(e)
      • 890 victimes sont identifiées en 2023, dont 773 femmes (87%)
    • En regroupant ces diverses informations, le HCE conclut, pour 2023 : "on totalise 1185 femmes qui ont été tuées, qu’on a essayé de tuer ou qu’on a contraintes à se suicider du fait de leur genre, soit plus de 3 femmes victimes par jour."

 

Inégalités socio-économiques :

Dans le monde professionnel :

  • Le salaire moyen des femmes reste inférieur de 23,5% à celui des hommes (notamment car elles occupent des emplois différents, dans d'autres secteurs et sont plus sujettes au temps partiel)
    • 80% des emplois à temps partiel sont occupés par des femmes
    • Les écarts de salaire sont d'autant plus importants au sein d'un couple lorsqu'il a des enfants. D'après l'INSEE : "les mères salariées du secteur privé ont une perte salariale d’environ 20 % 5 ans après une naissance et jusqu’à 40 % pour les bas salaires. Les ajustements professionnels après l’arrivée d’un enfant sont 10 fois plus importants pour les mères que pour les pères. Le taux de temps partiel à la naissance double pour les mères, passant de 23 % à 45 %. La probabilité pour elles d’être à temps partiel augmente en moyenne de 31 points de pourcentage contre 4 à 6 % pour les pères sans toutefois diminuer en moyenne leur temps de travail. Globalement, les pères augmentent leur temps de travail et les femmes le diminuent."
  • Dans le baromètre, le HCE note une "plus grande tolérance cette année au phénomène de "boy's club" au travail" avec 44 % des personnes interrogées qui "trouvent dérangeante une réunion de travail où il n'y a que des hommes" (-5 % par rapport à l'année passée)
    • Idem pour les situations de "mansplaining" (un homme qui explique à une femme quelque chose qu'elle sait déjà de façon notoire) : la situation dérange 64% des interrogés (-5% par rapport à l'année passée)

Dans la parentalité / la famille :

  • 47% des enquêtés considèrent "que pour correspondre à ce qu’on attend des femmes dans la société, il faut avoir des enfants."
  • Tâches domestiques : "80 % des femmes font la cuisine ou le ménage au moins une heure chaque jour, contre 36 % des hommes."
  • Une répartition inégale sur l'organisation des vacances : "faire les valises (71 % pour les mères, 12 % pour les pères), laver le linge (72 % contre 13 %) préparer les encas des sorties (53 % vs 17 %)"

 

L'impact de la précarité des femmes sur les inégalités de genre :

  • "23 % des femmes ont déjà été victimes de violences économiques de la part de leur conjoint" : 99% de ces dernières ont également subi d'autres formes de violences conjugales
  • Seulement 19% des femmes victimes de violences qui cohabitent avec l'auteur portent plainte (l'absence de ressources financières étant l'un des freins identifiés à la fuite du domicile)
  • La précarité des femmes s'est largement accentuée ces dernières décennies, notamment du fait de la hausse du nombre de familles monoparentales (à 85% de femmes seules)
    • Les femmes représentaient 52,6% des personnes pauvres en 1999 ; elles sont 57,5% aujourd'hui (l'écart entre hommes et femmes passe de 5,2% à 15%, multiplié par 3)
    • Sujet appuyé sur l'état de la pauvreté en France 2023 du Secours catholique cf. Diaporama

 

Les discours se polarisent, notamment sur les médias et en politique

Dans les médias

Dans les médias, le HCE observe :

  • Un "backlash" médiatique suite à MeToo
    • Les mentions du terme "MeToo", sur 16 médias audiovisuels, explosent au 1er semestre 2024 (plus de 2 200 mentions contre un nombre compris entre 500 et 1300 mentions/semestre les 5 années précédentes)
    • Le taux de parole des femmes sur les plateaux TV ne dépasse pas les 36 % depuis 2019 (34% en 2023), source : Arcom.
    • Le HCE craint que "la place numériquement croissante des sujets « féministes » a pu engendrer une banalisation des violences de genre, voire un contre-discours journalistique et des campagnes de désinformation." Il en livre quelques exemples (p. 11)
  • Des propos sexistes peu contrôlés ou contredits
    • En 2024, sur 13 sanctions financières prononcées par l'Arcom, aucune ne concerne des faits relevant du sexisme. Une seule des 25 mises en garde de l'Arcom a porté sur des faits sexistes lors d'une agression sexuelle sur le plateau de Touche pas à mon poste.
  • Une tolérance au sexisme qui reste forte, comme le déni de sa dimension systémique

 

Dans l'arène politique

  • Le genre devient un terrain d'affrontements politiques
    • 70% des Français(e)s considèrent qu'hommes et femmes ne sont pas considérés de la même façon en politique
    • On observe une forte polarisation parmi les jeunes : entre des jeunes femmes plus féministes et des jeunes hommes plus sujets à des positions sexistes "très dures" et aux discours masculinistes.
    • On observe toutefois en France, chez les jeunes hommes comme les femmes, une montée de l'idéologie traditionnaliste : "tous les items indiquant une adhésion à des stéréotypes féminins « pour correspondre à ce qu’on attend d’une femme dans la société » (être fidèle en amour, être sérieuse, douce, sensible, discrète, faire passer sa famille avant sa carrière, avoir des enfants, être mince, avoir peu de partenaires sexuels, se maquiller…) augmentent cette année."
    • L'année 2024 est également une année de régression en matière de parité en politique. La Commission européenne est composée de 11 femmes pour 16 hommes, le Parlement européen voit sa part de députées baisser très légèrement (39% contre 40,7%), idem pour les députées à l'Assemblée Nationale (36,1% contre 38,8 % en 2017). Dans le gouvernement Barnier, les ministères régaliens sont confiés aux hommes, les ministères sociaux et fonctions déléguées majoritairement aux femmes. Au sein du cabinet de Michel Barnier, 24% des conseillers sont des femmes, loin de la parité normalement imposée par la loi de 2023.
  • Dans l'opinion : un clivage irréconciliable entre jeunes hommes et jeunes femmes ?
    • 94% des femmes de 15-24 ans considèrent qu'il est difficile d'être une femme dans la société actuelle (+14% en 1 an).
    • 45% des hommes de 15-34 ans considèrent qu'il est difficile d'être un homme dans la société actuelle (+19% en 2 ans chez les 15-24 ans)
    • 13% des hommes de 25-34 ans estiment qu'il est plus facile d'être une femme que d'être un hommes dans la société actuelle

 

Le procès de Mazan

Le rapport consacre également 10 pages au procès de Mazan, ouvert en septembre. Le procès est celui de Dominique Pélicot et de 50 autres hommes aux profils divers, accusés d'avoir violé Gisèle Pélicot, droguée à son insu par son mari, durant une dizaine d'années.

Le procès et sa médiatisation ont permis de visibiliser les enjeux liés à la soumission chimique mais, surtout, à la dimension politique des violences sexistes et sexuelles et à l'absence d'un profil-type de l'agresseur :

  • "Les 50 accusés occupent tout type de métier – pompiers, infirmiers, journalistes, étudiants, chauffeurs routiers, gardiens de prison, retraités, conseiller municipal, bénévole associatif… – ont toute classe d’âge – de 26 à 73 ans – et sont tous insérés socialement. Ils représentent, à rebours du réflexe de défense #NotAllMen, le mal ordinaire de la domination masculine. Pensé et plaidé depuis longtemps par les théoriciennes et militantes féministes, le profil du violeur n’est justement pas celui d’un marginal, d’un rôdeur, mais bien au contraire celui du « Monsieur Tout-le-monde »."

 

 

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