Le 25 juin, les députées socialistes Florence Hérouin-Léautey et Céline Hervieu signent une lettre ouverte à la ministre Catherine Vautrin concernant le rapport de l'Igas sur le groupe La Maison Bleue.
Les députés espèrent que ce contrôle appelle des contrôles d'autres grands groupes privés de crèches et rappellent l'urgence d'un véritable service public de la petite enfance, qu'elles jugent aujourd'hui flou, sans "contours partagés, ni moyens suffisants".
Aussi, les députés demandent à la ministre en charge de la petite enfance :
À l'occasion de la présentation de son plan de transformation stratégique à horizon 2028, le groupe Babilou a été interrogé sur le rapport Igas concernant son concurrent.
Pour rappel, Babilou est l'un des 4 grands acteurs lucratifs de la petite enfance (avec La Maison Bleue, People & Baby et Les Petits Chaperons Rouges). Il est même de loin le plus important avec, en 2023, 1 200 crèches dans 10 pays pour un chiffre d'affaires de 780 M€. En France, le groupe gère 470 crèches pour un chiffre d'affaires de 225 M€.
Les dirigeants ont assuré prendre très au sérieux le rapport et continuer à l'étudier. Le PDG du groupe Christophe Fond s'affiche néanmoins confiant : "Notre première lecture, nous sommes mieux. [...] Je ne veux pas jeter la pierre à La Maison Bleue. La situation est assez dramatique, non seulement pour eux, mais pour le secteur. [...] Mais nous voulons nous assurer qu’il n’y ait pas d’ambiguïté dans la lecture de ce que nous sommes chez Babilou, par rapport à ce qui a été écrit dans ce rapport."
Alors que People & Baby a vu ses dérives mises en lumière par l'ouvrage journalistique Les Ogres cf. espace veille, et que la Maison Bleue a été épinglée par le premier contrôle Igas permis par la loi de décembre 2023, le 1er acteur lucratif des crèches se prépare également à un contrôle. À ce jour, ils n'ont néanmoins pas encore été contactés par les inspecteurs généraux.
4 mois après les premières sollicitations du SNPPE, 15 mois après le lancement de l'enquête, l'Igas publie enfin son rapport sur le groupe La Maison Bleue le 16 juin.
Bien que le rapport soit paru dans une version caviardée - à la demande de La Maison Bleue et en respect du secret des affaires - les constats des inspecteurs sont accablants.
Sur le contrôle & la méthode :
Sur les malversations du groupe :
Préconisations de la mission de l'Igas :
Les inspecteurs proposent 23 recommandations concernant les contrôles des crèches et groupes de crèches, parmi lesquelles :
Groupe La Maison Bleue
Le jour même de la publication du rapport, le groupe La Maison Bleue s'exprimait également, tentant de prendre ses distances avec certaines des conclusions de l'Igas.
Le groupe privé "prend acte" du travail réalisé, assure qu'il se défendra devant la justice et estime que certaines "allégations" des inspecteurs généraux sont trompeuses. Et, comme le groupe People & Baby à la sortie du livre-enquête Les Ogres cf. espace veille, La Maison Bleue assure être en train de mener un "plan d'amélioration et de transformation".
Le lendemain, le groupe apporte de nouvelles "précisions et clarifications" dans une nouvelle communication. Ce nouveau texte tente notamment d'apporter des éléments mettant en défaut les observations de l'Igas. Parmi ceux-ci, s'opposant aux observations du rapport, le groupe avance notamment :
SNPPE
Également le jour de la sortie du rapport, le SNPPE publie un communiqué incendiaire dénonçant un scandale d'État : le rapport "accable le groupe [...] pour des pratiques indignes dans le secteur de la petite enfance" qui sont "désormais confirmées par l'État lui-même." "L'État n'a rien ignoré. Il a laissé faire. [...] La Maison Bleue, comme d'autres groupes, a prospéré sous le regard complice des pouvoirs publics, grâce à l'argent des familles, des CAF, des communes, de la branche Famille."
Le syndicat demande ainsi des sanctions contre le groupe et de couper les financements publics aux groupes de crèches ne respectant pas la loi. Il demande également un moratoire sur les délégations de service public au privé lucratif et le nom des groupes de crèches prochainement contrôlés.
Trois mois plus tard, le syndicat revient à la charge avec une lettre ouverte à la ministre Catherine Vautrin, datée du 20 mai.
Du fait de la gravité des faits révélés par les témoignages de professionnelles ou par la presse, le SNPPE rappelle sa demande de communication du rapport "dans une version expurgée si nécessaire des seuls éléments relevant du secret des affaires".
"Refuser sa publication ou en différer la communication serait non seulement injustifiable du point de vue de la transparence publique, mais aussi de nature à entretenir le climat de défiance qui s'installe à l'égard des grands groupes gestionnaires d'établissement de la petite enfance", terminent les représentants de salariées.
Le 28 février, dans un communiqué, le principal syndicat du secteur de la petite enfance - le SNPPE - relaie des témoignages nombreux concernant le groupe privé lucratif La Maison Bleue, l'une des 4 plus grosses structures du secteur.
Les témoignages cités portent sur des situations de maltraitance institutionnelle, d'opacité dans la gestion, et plusieurs alertes relevées sur différents lieux de travail alertent particulièrement le syndicat : "manque chronique de personnel, structures insalubres, non-paiement des salaires et des indemnités, harcèlement" ...
Le SNPPE rappelle l'enquête de l'Igas lancée sur le groupe en mars 2024 par Sarah El Haïry, alors ministre déléguée chargée de l'enfance cf. Diaporama d'avril 2024, et "[exige] que ce rapport soit rendu public sans délai". Ils appellent à des mesures fortes de l'exécutif pour le respect du droit du travail et la sécurité des enfants afin, notamment, d'"éviter un nouveau scandale à l'échelle d'Orpéa".