Le retour de Catherine Vautrin à la tête du ministère "XXL" qu'elle occupait sous le gouvernement Attal (Travail, Santé, Solidarités et Familles) est reçu avec inquiétudes par les acteurs du secteur de la petite enfance et la protection de l'enfance. Sous Attal, Vautrin comptait des ministres délégués sur les sujets de santé, d'autonomie, des familles et de l'enfance et s'occupait plus particulièrement des dossiers liés au travail. Ici, elle conserve Astrid Panosyan-Bouvet au Travail, Charlotte Parmentier-Lecoq au Handicap et compte Yannick Neuder (LR) à la santé, mais pas de ministre ni secrétaire d'État sur les solidarités et les familles. Si la ministre Catherine Vautrin semble confirmer qu'elle traitera en direct les sujets relatifs à ces domaines, le Président de la République a souhaité pallier à l'absence de ministre dédié à l'enfance en annonçant le samedi 28 décembre la création d'un Haut Commissariat à l'Enfance. Une structuration qui veut apporter de la stabilité à l'heure du déploiement du service public de la petite enfance, un Haut-Commissaire n'étant pas tenu d'être remplacé en cas de censure ou de remaniement. Parmi les prétendants au poste, on compte la députée MoDem et présidente de la délégation aux droits des enfants de l'Assemblée Nationale Perrine Goulet, l'ancien secrétaire d'État à l'enfance Adrien Taquet ou l'ancienne ministre déléguée à l'Enfance et aux Familles et vice-présidente du MoDem Sarah El Haïry.
Les réactions des acteurs de l'enfance (fin décembre)
Avant cette annonce d'Emmanuel Macron, les acteurs de la petite enfance avaient fait part de leurs craintes. Le syndicat majoritaire SNPPE craint que la petite enfance ne soit "noyée dans un ministère tentaculaire", la présidente du Comité de filière petite enfance - Élisabeth Laithier - se dit "triste et inquiète" de l'absence d'un ou une ministre déléguée alors que le service public de la petite enfance nécessite un soutien politique fort, les représentants d'assistantes maternelles de l'Ufnafaam moquent l'énième changement d'interlocuteur ministériel qui n'a, cette fois, "ni secrétaire d'état et elle hérite à la fois du ministère du travail de la santé et de la famille".
Les acteurs de la protection de l'enfance ne sont pas moins critiques. L'Unicef reproche l'absence de ministre, dont le poids institutionnel et politique apparaît nécessaire pour porter les politiques urgentes pour les droits des enfants et craint que la création d'un Haut-Commissariat "risque de n'être qu'une mesure cosmétique". Le CNAPE, tête de réseau des associations de la protection de l'enfance, estime que "Cette évolution des priorités gouvernementales doit nous inquiéter collectivement, car elle n'est pas seulement symbolique. Elle s'inscrit dans la continuité d'une action de l'Etat devenue incertaine pour ses partenaires, et invisible pour les acteurs protégeant les enfants partout en France. Elle nuit à l'autorité de l'Etat du fait de la succession hétéroclite d'intitulés et d'impétrants ministériels, et par la déréliction des chantiers relatifs à l'enfance depuis de trop nombreux mois." Aussi, la Dynamique pour les Droits de l'Enfant, autre collectif associatif regroupant notamment SOS villages d'enfants, l'Unicef, l'APF France Handicap, les Apprentis d'Auteuil, ... partage les inquiétudes de l'Unicef et le CNAPE, rappelle la revendication concernant la création d'un ministère à l'enfance de plein exercice et rappelle les engagements du candidat Macron, en 2022, qui assurait vouloir faire de l'enfance une "grande cause nationale".
Le Haut-Commissariat à l'Enfance se précise (21/01)
Entendue à l'Assemblée Nationale le 21 janvier, la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles Catherine Vautrin a précisé quelques contours du futur Haut-Commissariat à l'Enfance.
Répondant à une question de la députée Horizons Cécile Voilland, la ministre a expliqué que le Haut-Commissariat sera chargé d'assurer une approche globale des politiques de protection de l'enfance", excluant donc potentiellement la question de l'accueil du jeune enfant du périmètre de l'instance.
Dix jours plus tard, par une information du media La Lettre (anciennement "Lettre A"), appuyées par les informations de La Croix le 11 février, on apprend que Sarah El Haïry, vice-présidente du MoDem et ministre à l'Enfance sous la tutelle de Catherine Vautrin début 2024, pourrait prendre la tête du Haut-Commissariat. Une solution d'entre-deux dans les discussions entre le Président de la République et son Premier Ministre : l'institution serait rattachée à l'Élysée et une proche de Bayrou serait nommée à sa tête.
Le 11 février, une centaine d'associations se positionnent contre le projet de Haut-Commissariat, demandant un ministère dédié à l'enfance de plein exercice cf. notice dédiée
Pour suivre les suites du Haut-Commissariat avec la publication du décret et la nomination de Sarah El Haïry, ça se passe sur cette note de l'espace veille.